Table des matières
- PREMIÈRE PARTIE : UN PARCOURS DÉDIÉ À LA TRANSFORMATION PERSONNELLE
- Introduction générale
- CHAPITRE I : Le Chemin de l'Éveil : jalons d'une transformation
- 1. Une mise au point nécessaire
- 2. Les étapes du cheminement : le déclic
- 3. Une rencontre déterminante : La Leçon de l'Émotion
- 4. Le retour aux sources : L'expérience personnelle
- 5. L’échec du mental rigide face à l’écoute du corps
- 6. De nombreuses voies : La fin de la quête extérieure (1985-2008)
- 7. Le changement radical : Un cheminement personnel (Depuis 2008)
- 8. Une tentative d’explication de ce processus
- CHAPITRE II : Les Textes
- CHAPITRE III : LE CHOIX DE L’ÉVOLUTION PERSONNELLE : de la biologie à la conscience
- 1. Les Bases : L'évolution darwinienne (L'évolution subie)
- 2. L'Évolution Consciente (l'évolution choisie)
- 3. La démarche : reprendre le contrôle
- 4. Devenir l'observateur : les fondations de l'être conscient
- DEUXIÈME PARTIE : JOURNAL D’UN CHANGEMENT DE NIVEAU DE CONSCIENCE
- 1. Le Contenu : le paradoxe de la non-méthode
- 2. Le rejet des systèmes : Krishnamurti et le Néo-Advaita
- 3. Une explication logique : le vrai sens du vécu constant
- L’ouverture du journal
- 1er et 2 octobre 2025 : L’observateur et l’écart
- 3 octobre 2025 : La pause et le piège de la méthode
- 4 octobre 2025 : L’importance de la vigilance
- 5 octobre 2025 : L’observation muette
- 6 octobre 2025 : La normalité de l’absence de commentaires
- 7 octobre 2025 : L’apport quotidien du changement de niveau de conscience
- 8 octobre 2025 : L’attention et les obstacles du pouvoir psychique
- 9 octobre 2025 : L’historique des expansions de conscience
- 10 octobre 2025 : Le test de la vigilance
- 11 octobre 2025 : L’action juste et la disparation de l’observateur
- 12 octobre 2025 : L'ancrage au quotidien et le défi de la durée
- 13 octobre 2025 : Les chats, maîtres de l'attention
- 14 octobre 2025 : Quand la multitude d'activités éclipse l'attention
- 15 octobre 2025 : Le corps s’exprime, saurons-nous l’écouter ?
- 16 et 17 octobre 2025 : L'attention face au pilote automatique du cerveau
- 18 octobre 2025 : L'épreuve de l'éveil sensoriel
- 19 et 20 octobre 2025
- 21 au 24 octobre 2025 : La conscience ordinaire reprend le dessus
- 25 octobre 2025 : Le sursaut de la volonté
- 23 septembre 2026 : Reprise du journal, sommeil profond et Turiya
- 9 octobre 2026 : Le vide quantique et la conscience : les vagues de la réalité
PREMIÈRE PARTIE : UN PARCOURS DÉDIÉ À LA TRANSFORMATION PERSONNELLE
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Voici les événements qui aboutirent à ce journal.
Le fil conducteur de cette production peut se résumer ainsi :
- Le principe fondamental : chaque être est une conscience.
- En accord avec ce principe, il convient de vivre consciemment.
- Une façon de vivre consciemment consiste à être attentif.
- Être attentif, c’est observer sans jugement.
- Chaque moment de l’existence peut faire l’objet d’attention ; en l’absence d’occupation il est toujours possible de respirer consciemment.
Une fois ce travail accompli (publication des ouvrages sur le blog afin qu’ils soient partagés), il restait l’essentiel : vivre pleinement au quotidien cette manière d’être.
On pourra y trouver des informations susceptibles d’apporter des éclaircissements sur une voie consacrée à la connaissance de soi. Mais il convient avant tout de s’en tenir à cet avertissement transmis par le Bouddha :
« Ne croyez-pas ce que je vous dis parce que je suis le Bouddha. Voyez par vous-même, expérimentez, faites-vous votre propre opinion, soyez votre propre lumière : ne suivez personne ! »
Le mot d’ordre : libre arbitre et volonté !
Bien à vous !
CHAPITRE I : Le Chemin de l'Éveil : jalons d'une transformation
1. UNE MISE AU POINT NÉCESSAIRE
Commencer un ouvrage consacré à la connaissance de soi par deux citations de T. Lobsang Rampa peut surprendre.« Ohé ! Ohé ! À quatre ans, tu n'es pas capable de te tenir sur une selle ! Tu ne seras jamais un homme ! Que va dire ton noble père ? » (Tirée du Troisième Œil, premier ouvrage de Rampa.) « Que les Bons Esprits vous protègent. » (Phrase finale du Sage du Tibet, son dernier livre.)
Aujourd'hui, Cyril Henry Hoskin — l'Anglais n'ayant jamais mis les pieds au Tibet — est largement considéré comme un imposteur. Mais cette révélation n'annule pas l'impact majeur qu'il a eu sur des millions de lecteurs. Pour beaucoup, ses écrits ont servi de porte d'entrée inattendue vers la spiritualité orientale, une sphère alors peu connue en Occident.
1.1. Le premier pas vers la spiritualité
À une époque où l'accès à la littérature sur le bouddhisme, le yoga ou la méditation était limité, les livres de Rampa, avec leurs récits fantastiques et accessibles, ont comblé un vide. Des ouvrages comme Le Troisième Œil ou Histoire de Rampa ont offert à des millions de personnes un premier contact avec des concepts ésotériques comme les chakras, l'aura, la voyance ou les voyages astraux. Même si les faits étaient enjolivés, voire inventés, le récit a su éveiller la curiosité et susciter des questions sur le sens de la vie et la nature de la conscience.1.2. Un initiateur de la quête de soi
L'influence de Rampa réside moins dans l'authenticité de ses histoires que dans sa capacité à inspirer une quête personnelle. Pour de nombreux lecteurs, l'attrait pour le mystère tibétain, couplé à la simplicité avec laquelle il expliquait des concepts complexes, a été un catalyseur. Ses œuvres ont agi comme un tremplin, encourageant les lecteurs à explorer des pratiques telles que la méditation ou la pleine conscience, et à chercher des voies plus authentiques pour approfondir leur compréhension de la spiritualité.En fin de compte, l'histoire de Lobsang Rampa illustre une vérité fondamentale sur le voyage spirituel : ce qui importe n'est pas toujours la pureté de la source, mais l'impact qu'elle a sur le pèlerin. Il a peut-être été un imposteur, mais pour une génération entière, il a été le premier guide, celui qui a montré qu'un autre chemin existait. Son rôle fut d'allumer une étincelle, laissant ensuite à chacun le soin de l'entretenir pour trouver sa propre voie.
Donc, sans conteste et sans hésitation : merci Rampa !
2. LES ÉTAPES DU CHEMINEMENT : le déclic
D'où est née cette première attirance pour la connaissance de soi ?Mon enfance ne fut marquée par aucune culture familiale pour la religion ou la spiritualité. Gérer le quotidien était l'unique priorité. Toute première expérience religieuse fut même dissuasive : enfant, la vision soudaine d'un homme en soutane dans l'obscurité d'une église provoqua une peur si intense que je m'en suis précipité dehors, vers la lumière. L'Église catholique n'aura dès lors plus d'influence sur mon parcours.
L'Initiation Littéraire
Une dizaine d'années plus tard, devenu adolescent à Paris (près de la place de la Nation), je me suis retrouvé face à un présentoir de la collection « L'aventure mystérieuse ».Le moment du choix fut presque rituel. Hésitant longuement entre deux titres — « Mu, le continent perdu » de James Churchward et « Le troisième œil » de Lobsang Rampa — j'ai fini par choisir ce dernier.
L'attrait fut immédiat et total. Dans un style captivant, Le Troisième Œil présentait simplement des notions complexes comme le karma, la réincarnation et les corps subtils. Surtout, l'ouvrage reliait ces concepts à une éthique simple : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. »
Captivé, je dévorai tous les ouvrages de Rampa. Cependant, de nature timide, mes tentatives de partager cette passion avec mes amis furent accueillies par l'étonnement, l'indifférence ou les moqueries. La quête de soi restait une voie solitaire.
3. UNE RENCONTRE DÉTERMINANTE : La Leçon de l'Émotion
En 1969, en classe de cinquième, j'ai fait une rencontre essentielle : celle de Philippe. Calme, posé et plus mûr que nos autres condisciples, sa présence rassurante m'a immédiatement attiré. J'ai osé lui parler de mes lectures; il s'est montré intéressé, puis enthousiaste. Une amitié solide s'est nouée, centrée autour de l'œuvre de Rampa et de la découverte mutuelle de la musique classique. Cette relation a permis d'ancrer solidement mon inclination pour la spiritualité dans une conscience partagée.Pourtant, cinq années plus tard, cette amitié a été rompue. À cette époque, ma notion de l'amitié était intransigeante, voulant y voir un modèle de perfection régi par des règles strictes. Un comportement de Philippe, en réalité une broutille, a provoqué une fêlure dans cet idéal. Incapable de résister à la déception, la conscience émotionnelle a obnubilé mon jugement, me poussant à cesser unilatéralement la relation.
Ce fut, sans que je le réalise alors, ma première confrontation d'importance avec la conscience émotionnelle comme entrave fondamentale à la connaissance de soi. J'ai découvert la puissance des ravages occasionnés par l'émotion mal maîtrisée, une prise de recul qui deviendra, bien plus tard, la pierre angulaire de ma démarche. Si la spiritualité facilite l'accès à la connaissance de soi, cette rupture m'a révélé l'obstacle intérieur qui m'en séparait.
4. LE RETOUR AUX SOURCES : L'expérience personnelle
En 1983, un ami me proposa d’intégrer un cours de yoga.
Il peut paraître étonnant que cette voie, essentielle à la spiritualité orientale, n'ait pas été empruntée plus tôt. J'en avais été dissuadé par les avertissements de Rampa dans ses livres, qui déconseillait le yoga (inadapté aux articulations occidentales) et le régime végétarien (car « nous ne sommes pas des ruminants »).
Ces avertissements malavisés m'éloignèrent de cette pratique jusqu'en 1983, et du végétarisme (adopté après m'être informé) jusqu'en 1984.
La leçon tirée fut celle qu'enseignait le Bouddha il y a 2 500 ans : « Ne croyez à rien sur la seule autorité de vos aînés ou de vos instructeurs, mais ce que vous avez vous-même éprouvé, expérimenté et reconnu pour vrai. »
Cependant, je me dois d'ajouter un préalable essentiel : l'expérience seule peut être trompeuse et mener à l'égarement si elle est filtrée par la conscience ordinaire. Pour une véritable connaissance de soi, il faut atteindre une capacité de discrimination importante. Dès ce stade, l'attention et la vigilance devinrent des priorités pour bannir les égarements, mais surtout les certitudes qui, elles, reposent bien souvent sur des fondations mouvantes.
Une nouvelle étape est franchie : le parcours est désormais sur les rails de l'expérimentation concrète.
5. L’ÉCHEC DU MENTAL RIGIDE FACE À L’ÉCOUTE DU CORPS
Les effets de ce nouveau mode de vie furent radicaux : j'ai perdu 20 kilos (43 kilos pour 1,65 m).
Comment cela a-t-il pu se produire ? La situation se résume par cette leçon : « Excès de bien peut nuire. »
Engagé de façon immodérée dans la pratique du yoga, mon mental s'est arc-bouté sur une discipline rigide. L'idée était que, pour atteindre une transcendance promise, le corps devait se plier à cette exigence, réduisant par la même occasion l'absorption des aliments.
Or, le corps n'en fit qu'à sa tête. Cette expérience m'a révélé l'erreur fondamentale du mental rigide : vouloir imposer sa volonté sans écouter la réalité physique. C'est ici qu'a émergé une grande leçon : l'humilité face à l'expression corporelle est indispensable. Le mental doit être l'allié, et non le tyran.
6. DE NOMBREUSES VOIES : La fin de la quête extérieure (1985-2008)
Cette période fut celle de l'exploration boulimique. J'ai cherché la vérité en multipliant les voies, comme une tentative de patchwork spirituel :
Stages intensifs de yoga (Sivananda).
Fréquentation de la mission Ramakrishna.
Retraites dans un monastère chrétien, en méditation Zen, et en centre bouddhiste tibétain.
Lecture des enseignements de Krishnamurti.
Fréquentation d’un centre spirite.
La diversité de ces traditions répondait à la quête d'une figure tutélaire inspirant confiance et à la recherche de réponses sur ma nature profonde. Ce « sautillement » constant s'expliquait par deux critères de transition : la voie empruntée ne me convenait pas, ou je ressentais une défiance envers la personne qui l'incarnait.
Le tournant de Krishnamurti.
La lecture des enseignements de Jiddu Krishnamurti fut salutaire. Souvent qualifié de « pays sans chemin », son message est une invitation radicale à l'auto-libération de toute forme d'autorité extérieure. Il refusait les systèmes, les méthodes et les disciples, estimant que suivre une voie créait un nouveau conditionnement.
L'expérience déterminante.
Après avoir cheminé par des voies traditionnelles et avoir été invité à les rejeter (Krishnamurti), mon détour vers le spiritisme peut paraître illogique. Il fut pourtant essentiel, initié par la simple curiosité à la suite d'une conversation.
Ce fut dans ce centre que j'eus ma seconde confrontation majeure avec la conscience émotionnelle. Au-delà d'une simple expérience, cette rencontre provoqua une perception plus intense des effets dévastateurs des émotions.
Ce choc émotionnel a déclenché un changement de conscience profond. Il a eu deux conséquences immédiates : d'une part, une rupture définitive avec les pratiques spirituelles classiques et les autorités extérieures ; d'autre part, l'émergence d'un nouveau niveau de conscience coïncidant avec la réception intuitive de textes centrés sur cette thématique. La quête extérieure était terminée ; le voyage intérieur pouvait commencer.
7. LE CHANGEMENT RADICAL : UN CHEMINEMENT PERSONNEL (Depuis 2008)
Ce processus, amorcé fin 2008 et toujours en cours, est un voyage intérieur centré sur deux piliers : la gestion des émotions et l'écriture de textes intuitifs.
7.1. Le Lâcher-Prise
Face à un afflux d'émotions, le lâcher-prise est devenu une nécessité. La solution fut trouvée dans le pranayama (la maîtrise du souffle, technique de yoga). Ces exercices ont permis d'apaiser le mental, de réduire le stress et d'agir sur le système nerveux. Le lâcher-prise s'est étendu de la sphère émotionnelle à tous les questionnements personnels.
7.2. L’Écriture intuitive (2008-2013)
S'ensuivit une collecte régulière de « textes intuitifs » durant cinq années. Ils s'articulaient autour de la conscience et du modèle sociétal (cheminement de la pensée, rôle de la mémoire, place des émotions, etc.).
L’Amorce et l’Évolution du Processus :
Ce processus s'est manifesté d'abord lors de promenades, où des réponses spontanées à des questions émergeaient sous forme d'intuitions (les balades intuitives). Rapidement, ces « réponses spontanées » ont pu apparaître à tout moment et en tout lieu, mais toujours en l'absence d'autrui. Ces intuitions ne sont jamais venues interrompre une conversation, bien que certaines discussions aient pu servir d'inspiration, le texte intuitif correspondant à la réponse découlant plus tard.
7.3. La Structure du Texte
Fait remarquable, les idées se présentent de manière organisée, comme le résultat d'un travail de recherche, mais le sujet s'impose de lui-même. Le tout se déploie à partir d'une connaissance de soi vécue au quotidien. Ces idées ne sont pas dictées par une « voix intérieure » ; la prise de notes est immédiate, sans artifice d'écriture automatique.
7.4. La Méthode d’Écriture
Le processus de finalisation se déroule en quatre étapes :
Réception intuitive du texte : L'idée émerge spontanément.
Prise de notes immédiate : L'idée est notée sur un carnet.
Recherches : Si le sujet touche à des connaissances précises (comme les neurosciences, par exemple), une recherche est menée pour approfondir et assurer l'exactitude.
Rédaction finale : Le texte est mis en forme définitive.
8. UNE TENTATIVE D’EXPLICATION DE CE PROCESSUS
8.1. Introduction : la trajectoire personnelle
L'existence est une suite de choix, fixant le cadre de notre trajectoire. Après un long cheminement, on s'arrête parfois pour observer le panorama et se dire : « Quel chemin parcouru ! Jamais je n’aurais cru pouvoir parvenir jusqu’ici ! »
Pour illustrer la complexité de cette progression, on peut imaginer l'arbre des choix : à chaque carrefour de notre vie, deux branches divergentes symbolisent une décision, et ainsi de suite. L'observateur se focalise sur l'étape actuelle, ignorant les multiples bifurcations et circonstances qui ont rendu cela possible.
Objectivement, le point de départ de ma recherche fut l'apaisement du joug de la conscience émotionnelle (notre champ des possibles) suite à deux confrontations majeures.
8.2. Le paradoxe de la compréhension
Toute thématique, y compris la connaissance de soi, suppose une compréhension initiale, impliquant le mental (réflexion, raisonnement).
Cependant, la connaissance de soi est un domaine d'exception. En elle-même, elle est unique par sa nature — ce qui subsiste lorsque le voile des apparences tombe, c'est l'Unité.
C'est ce que révèlent toutes les traditions : de nombreux chemins mènent à la connaissance de soi, mais ces chemins ne sont pas cette connaissance.
8.3. La Connaissance de Soi : au-delà de l'intellect
Contrairement à l'apprentissage d'une technique qui passe par l'intellect, la connaissance de soi suppose la compréhension, mais agit essentiellement sur la conscience émotionnelle, qui se rebelle facilement.
L'approche par l'attention et la respiration consciente est simple car elle repose sur des capacités inhérentes à l'être humain. Cependant, la simplicité ne signifie pas l'aisance. Ces techniques se pratiquent dans l'instant, mais la difficulté majeure est la persistance. C'est pourquoi la volonté est une phase que l'on ne peut exclure.
8.4. Les Prédispositions et la Finalité
Les prédispositions existent indubitablement. Mais nous y arrêter, c'est tomber dans l'expression de la conscience ordinaire (réflexion, émotion), ce que nous cherchons précisément à éviter.
Qu'importe l'origine de ces facilités ! Ne les prenons pas en considération. Soyons simplement présents dans ce que nous faisons. L'important, c'est la finalité : cela peut-il aider d'autres personnes ? Et dans l'affirmative, le partager.
CHAPITRE II : Les Textes
Introduction : De la réflexion à la connaissance
Aborder la connaissance de soi requiert d'abord l'humble reconnaissance de la connaissance — celle qui utilise les capacités du mental (étude, réflexion). Si la connaissance de soi transcende le mental, la compréhension de ce qu'elle implique passe nécessairement par lui.
1. Vie, Conscience et Partage
Cet ouvrage regroupe l'ensemble des textes intuitifs que j'ai collectés entre 2008 et 2013. Son titre en résume la structure :
- La
Vie est le principe vital qui accueille la conscience.
- La
Conscience est l'expression de l'être. Pourtant, absorbés
par le modèle sociétal, nous oublions ce principe. C'est pourquoi
ce livre propose une application quotidienne de cette conscience à
partir de fonctions simples et toujours disponibles : la respiration
consciente et la pratique de l'attention.
- Le
Partage découle de ce changement de niveau de conscience,
menant naturellement à la compréhension et à la compassion.
L'ouvrage se veut accessible à tous, quelles que soient les convictions. Le défi principal, celui de développer l'attention au quotidien, est suffisant en soi pour libérer de toutes formes de croyances ou de craintes. Nous sommes unis par la conscience, mais séparés par les expériences de conscience (pensées, paroles, actions). Devenir plus conscient, c'est emprunter la voie menant à l'unité.
2. Le choix de la Conscience : retrouver sa liberté intérieure
« Vie, conscience et partage » a permis de poser les fondements d’une architecture intérieure : la mécanique du cerveau, la puissance de la respiration et les prémices de la connaissance de soi. Pourtant, une question demeure, plus pressante que jamais : comment incarner cette conscience dans un monde qui semble s’y opposer à chaque instant ?Cet ouvrage s’articule en cinq parties interdépendantes. Il ne s’agit plus seulement de comprendre notre fonctionnement biologique, mais d’engager une véritable mutation de notre rapport au monde. On verra comment le modèle sociétal actuel – avec ses structures pyramidales et ses injonctions au consumérisme – façonne notre mental et emprisonne notre ego dans un état de réaction permanente.
L’objectif de ces pages est d’accompagner vers un changement de paradigme. On y détaillera :
- L’analyse critique du modèle sociétal et de ses impasses.
- La distinction fondamentale entre la douleur du corps et la souffrance du mental.
- La transmutation des émotions en sensibilité pure.
- La maîtrise de l’attention comme outil de libération quotidienne.
- Le passage d’une existence subie à une évolution personnelle choisie.
Ce livre se veut un pont entre la connaissance théorique et l’action lucide. Il est une invitation à ne plus simplement « être en vie » mais à « être la vie » à travers une conscience qui observe, comprend et agit sans être affectée par les turbulences de l’ego.
3. L’Éveil de la Conscience : révélations et transformations
Ce troisième livre propose une étude systématique de la conscience, afin de dépasser l'approche purement pratique du premier.
Il n'y a là aucun reniement de l'idée de rejeter les autorités (Chapitre I), mais la nécessité d'une objectivité totale. Pour cela, l'étude de la conscience se devait d'intégrer à la fois l'analyse détaillée des neurosciences et les descriptions de son expression ultime, telles que véhiculées par les grandes traditions orientales (Vedanta, Bouddhisme).
L'approche consistait à :
Observer les limites du modèle matérialiste retenu par les neurosciences.
Soumettre ce modèle à ses propres critères pour déceler une faille majeure.
Comparer ces failles avec les descriptions d’expériences d’expansion de conscience (étudiées phénoménologiquement).
Il n'y a là aucun reniement de l'idée de rejeter les autorités (Chapitre I), mais la nécessité d'une objectivité totale. Pour cela, l'étude de la conscience se devait d'intégrer à la fois l'analyse détaillée des neurosciences et les descriptions de son expression ultime, telles que véhiculées par les grandes traditions orientales (Vedanta, Bouddhisme).
Finalement, la question essentielle de la mort est abordée. Le but est de montrer qu'elle peut être vécue sereinement et être le moment le plus intense de l'existence si elle est vécue avec attention.
4. Vivre consciemment
C’est une synthèse rassemblant la substance des deux cheminements complémentaires : « Vie, conscience et partage » et « L’éveil de la conscience : révélations et transformations ».
A travers une approche empreinte de simplicité et de clarté, le lecteur est invité à une exploration profonde de la présence à soi. En observant le mouvement de la vie sans jugement, en accueillant l’instant présent et en cultivant une attention éveillée, chacun est amené à dépasser les voiles de l’identification mentale pour toucher à la paix intérieure.
CHAPITRE III : LE CHOIX DE L’ÉVOLUTION PERSONNELLE : de la biologie à la conscience
La fin de la Première Partie est le lieu d'un choix fondamental : celui de l'évolution personnelle. Pour comprendre l'enjeu de cette démarche, il est nécessaire de la confronter à sa contrepartie biologique.
1. Les Bases : L'évolution darwinienne (L'évolution subie)
La théorie de l’évolution de Charles Darwin, ou sélection naturelle, explique comment les espèces changent et se diversifient sur le long terme. Elle repose sur des principes clés : la variation génétique, l'héritabilité et la sélection naturelle.
Le temps de l'évolution biologique est mesuré en milliers, voire en millions d'années. L'individu humain ne peut qu'en subir les effets sans jamais pouvoir en observer l'aboutissement au cours d'une seule existence. L'exemple des adaptations physiques et neurologiques face à l'usage des nouvelles technologies (comme le smartphone) illustre cette réalité : bien que des changements anatomiques (tendinites) ou neurologiques (plasticité cérébrale) soient observables, ils ne constituent pas une évolution biologique transmissible. Ils sont l'illustration que le corps s'adapte aux contraintes de l’environnement.
L'être humain est donc, sur le plan physique, l'objet d'une adaptation forcée qui échappe à sa volonté individuelle.
2. L'Évolution Consciente (l'évolution choisie)
Notre cheminement vers la connaissance de soi propose une tout autre trajectoire : celle d'une évolution accélérée, choisie et maîtrisée.
Elle repose sur une redéfinition radicale de l'individu : l'être humain n'est plus seulement une entité physique soumise aux lois de la biologie et de la survie, mais avant tout une Conscience.
Reprendre la main : Tandis que l'évolution biologique est une fatalité subie, l'évolution personnelle est une volonté exprimée. Elle permet de se réapproprier le processus évolutif, non pas sur le plan génétique, mais sur le plan de l'Être.
Achever le processus : Le travail sur la conscience, par l'attention et la vigilance, offre la possibilité d'accomplir cette mutation fondamentale au cours d'une seule existence. Il permet de transcender les automatismes biologiques et émotionnels qui nous séparent de notre nature profonde.
C'est ce choix, celui de passer de l'évolution subie à l'évolution choisie, qui nous mène logiquement à la pratique quotidienne.
3. La démarche : reprendre le contrôle
3.1. Le Constat de l'impuissance
L'évolution biologique, régie par la durée et le nombre, est un processus que l'individu ne peut qu'assumer sans agir. La longévité humaine, trop brève par rapport au temps évolutif, nous prive même de la capacité d'en apprécier les effets.
Certes, nous pouvons revendiquer une part active dans l'évolution environnementale et culturelle, mais ces choix sont souvent imposés, oscillant entre le libre arbitre et les contraintes sociétales.
3.2. Au-delà du déterminisme biologique et sociétal
Sommes-nous donc condamnés à subir le joug d'un déterminisme qu'il soit biologique ou social ?
Il est vrai que le déterminisme biologique est à l'origine de notre parcours remarquable, transformant l'hominidé guidé par l'instinct en un être capable d'intelligence et de réflexion. Mais le problème réside dans la manière d'exploiter ce potentiel.
3.2.1. Les illustres devanciers
Il existe un domaine précis où l'être humain peut interagir pleinement et retrouver sa capacité inhérente et totale : la Conscience.
De nombreux explorateurs nous ont précédés dans cette voie, allant bien au-delà de l'usage ordinaire de la conscience. Citons les Rishis de l'Inde ancienne, le Bouddha, Ramana Maharshi ou Ma Ananda Moyi.
Leurs enseignements constituent aujourd'hui une vaste ressource pour quiconque souhaite s'engager dans une démarche personnelle de connaissance de soi. Chacun peut choisir la voie qui lui convient, quitte à changer de méthodologie si le ressenti évolue.
3.2.2. L’évolution en conscience
Dès lors que la conscience exprime l'être, elle est le reflet du monde et de l'humanité, déployant une gamme de sonorités allant des harmonies incomparables aux dissonances les plus monstrueuses.
Mais la conscience recèle une potentialité extraordinaire : nous sommes seuls responsables de ses productions et pouvons à tout moment lui impulser l’expression que l’on souhaite.
Dans cette perspective, nous disposons d'une opportunité unique : s'attribuer la maîtrise de sa propre évolution au cours d’une seule existence. La connaissance de soi se substitue ainsi à l’évolution darwinienne, qui laisse l’être humain impuissant face à son devenir. Une fois informé de cette capacité, l’être humain dispose de deux attributs essentiels pour l'accomplir : le libre arbitre et la volonté.
4. Devenir l'observateur : les fondations de l'être conscient
4.1. Le triptyque : conscience, principe et attitude
Tout notre travail repose sur cette base simple :
Le principe fondamental : chaque être est une conscience.
L'objectif : pour satisfaire à ce principe, il convient d'être conscient.
L'attitude requise : pour être conscient, il suffit d'être attentif.
La Méthode Pratique : être attentif, c'est être dans l'observation sans jugement.
4.2. Pourquoi ce choix ?
4.2.1. Rien de nouveau sous le Soleil
La quête de la conscience est millénaire. Les Rishis l'évoquaient déjà, et elle est parfaitement résumée par la devise associée au fronton du Temple d'Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'Univers et les Dieux. » En adoptant cette volonté de connaître notre véritable nature, nous nous retrouvons en excellente compagnie.
4.2.2. L’Essence commune des enseignements
L'attention est le fil d'or qui relie les enseignements des plus grands maîtres :
Le Bouddha : il prônait une attention constante intégrée à chaque aspect de la vie, de sorte qu'il n'y ait plus de séparation entre la pratique et la « vie ordinaire ».
Ramana Maharshi : questionné sur la possibilité de résumer son enseignement en un seul mot, il répondit : « L’attention. »
Ma Ananda Moyi : elle incitait à une présence, une concentration et une conscience constantes — des manifestations dévotionnelles de l'attention totale.
Krishnamurti : il en a fait la quintessence de son exploration. Pour lui, l'attention n'est pas une technique, mais un état d'être fondamental, une observation d'une clarté absolue, dénuée de tout jugement ou intention.
4.2.3. Attention et respiration consciente
Nous définissons l'attention comme un état d’observation sans jugement, ce qui la différencie de la concentration, où le jugement peut facilement s’insinuer.
Pour maintenir cet état, particulièrement en cas de vague émotionnelle, nous recourrons aux bienfaits de la respiration consciente.
Le pont psychosomatique : la respiration est le pont bidirectionnel entre nos états psychiques et physiques. Nos états mentaux et émotionnels se manifestent instantanément dans notre schéma respiratoire ; inversement, l'acte conscient de modifier notre respiration envoie des signaux clairs pour apaiser le stress.
La pratique : elle consiste à inspirer et à expirer consciemment et fluidement par le nez, jusqu’à la cessation naturelle du mouvement. L'efficacité de cet exercice est révélée par trois critères : la respiration est silencieuse, le passage entre l'inspiration et l'expiration se fait naturellement, et l'on peut maintenir cet état sans fatigue. Toujours présente, la respiration nous accompagne du premier au dernier souffle.
4.3. L’Attention et le mental
4.3.1. Le But du Yoga
Patanjali, le codificateur du Yoga, l'a formulé ainsi dans le deuxième aphorisme de ses Sûtras : « Le Yoga est l'arrêt des fluctuations du mental. » L'objectif principal est d'apaiser le flot incessant des pensées et des émotions, afin que la conscience puisse se refléter dans sa nature véritable (le Soi). Le mental est donc le voile de l’ignorance.
4.3.2. La Connaissance de Soi
La connaissance de soi ne nécessite pas de s’engager dans le yoga au sens occidental (techniques corporelles), mais elle exige l'union avec le Soi. L'attention participe pleinement à cette connaissance en dissipant ces fluctuations du mental.
4.4. L’attention au quotidien
L'attention est l’artisan privilégié pour disperser le voile de l’ignorance (le mental) et révéler la connaissance de soi (la Conscience). Elle place en retrait les productions incontrôlées du mental : pensées parasites, vagues émotionnelles, hyper-mentalisation. Simultanément, elle participe à la réduction du stress, installant un bien-être, surtout lorsqu’elle est soutenue par la respiration consciente.
DEUXIÈME PARTIE : JOURNAL D’UN CHANGEMENT DE NIVEAU DE CONSCIENCE
Pourquoi un journal ?
Le journal répond à trois objectifs : installer la discipline, servir de suite logique à votre travail d'intuition, et être un acte de partage non égotique.
1. Le Contenu : le paradoxe de la non-méthode
Votre journal relatera la volonté d’expérimenter un vécu constant centré sur l’attention : la transformation psychique, les difficultés rencontrées, et la manière dont cela se présente au quotidien.
Cependant, ce descriptif est mû par un paradoxe essentiel : il doit être sans attachement, sans aucune intention de créer une méthodologie. Créer une méthode impliquerait le mental, qui est le premier obstacle à la connaissance du Soi.
Pour répondre à cette question cruciale de l'engagement sans attachement, examinons d'abord les courants qui s'opposent à toute méthode.
2. Le rejet des systèmes : Krishnamurti et le Néo-Advaita
2.1. L’Exemple de Krishnamurti
Krishnamurti, en renonçant à être l'Instructeur du Monde en 1929, a posé l'affirmation fondatrice : « La vérité est un pays sans chemin. »
La vérité est la réalité de ce qui Est, et elle échappe à toute tentative de saisie directe, car le cerveau impose un filtre.
Un pays sans chemin signifie que les voies, quelles qu'elles soient, sont des tentatives du mental pour s'approprier cette réalité. Or, le mental est l'outil même qui dépose le voile de l'ignorance sur notre nature véritable. Toute tentative est donc vouée à l'échec.
Malgré cela, Krishnamurti a enseigné pendant 60 ans, expliquant : « J'ai découvert quelque chose de très beau et je viens le partager. »
2.2. Le courant Néo-Advaita
Le Néo-Advaita, ou philosophie de la non-dualité, radicalise cette idée en affirmant que la Réalité non-duelle est déjà là et n'a besoin d'aucune préparation.
Rejet de l'effort : l'éveil est considéré comme une prise de conscience immédiate, non le résultat d'une pratique (méditation, yoga, éthique).
Le piège : que se passe-t-il si, après avoir compris intellectuellement notre nature absolue, on décide de « ne rien faire » ? Les productions mentales et les émotions, alimentées par la charge mémorielle, s'affirment. « Ne rien faire » pour que la conscience se manifeste amplifie le mental et renforce le voile de l'ignorance.
Ces deux courants s'opposent à toute méthode. Mais comment votre démarche, qui implique un effort systématique, échappe-t-elle à ces critiques ?
3. Une explication logique : le vrai sens du vécu constant
L'attitude préconisée est celle du vécu constant établi par l’attention, aidé par la respiration consciente et soutenu par la vigilance (le signal que l’attention se dérobe).
Le vécu constant ne définit pas un objectif à atteindre (ni la réussite ni l'échec ne doivent provoquer l'exaltation ou l'abattement). Il définit simplement un état d’être lié au fait de demeurer conscient dans les activités entreprises.
Tout repose sur le principe fondamental : chaque être est une conscience, il convient donc d’être conscient dans notre façon d’être (pensées, paroles, actions).
Le vécu constant par l’attention est l’expression totale de ce principe.
L’on s’en écarte uniquement lorsque le mental active ses productions non désirées (les pensées parasites).
Par conséquent, ce n’est pas un attachement ou une méthode, mais la façon la plus directe de vivre consciemment.
Il n'y a ici aucun challenge irréaliste. Le vécu constant se limite à la période de veille ; au coucher, on continue d'être attentif (souvent à la respiration) jusqu’à ce que le sommeil survienne.
L’ouverture du journal
Ce journal n'est ni une chronique d'exploits, ni un recueil de recettes. Il est le témoignage brut de la mise en œuvre de l'unique exigence de la connaissance de soi : le vécu constant dans l'instant présent.
Il marque l'achèvement de cinquante années de quête, transformant l'étude et la réflexion en une pratique quotidienne et ininterrompue. Chaque entrée ne cherchera pas à prouver un quelconque avancement, mais à consigner la simple réalité de l'instant vécu : les moments où l'attention a prévalu, ceux où elle a failli, et la manière dont la respiration consciente a été sollicitée pour y remédier.
La structure de ce journal sera simple, car l'expérience de la conscience est simple. Les entrées s'articuleront autour des deux piliers de notre démarche : l'observation et la vigilance.
- But : consigner l'état de l'être, de conscience à conscience.
- Outils : l'attention (l'observation sans jugement) et la respiration consciente.
- Obstacle : le mental et la conscience émotionnelle.
Il ne s'agit pas de juger, mais de relater. Le voyage commence maintenant.
1er et 2 octobre 2025 : L’observateur et l’écart
Le 1er octobre devait marquer le véritable début du vécu constant centré sur l'attention, la respiration consciente et la vigilance. Cette dernière devait intervenir, tel un signal, dès que l'attention s'éclipsait.
Pourtant, il n'en fut rien.
Non que la journée ait été totalement dépourvue de cet état d'être ; certaines parties furent vécues avec une attention accrue, mais sans plus, comme d'habitude. Cette dynamique s'est prolongée le lendemain.
La tentation est grande de se demander : n'est-ce pas frustrant d'échouer dès les premiers jours ? De ne constater aucune amélioration radicale ?
Ni oui, ni non.
Si je laissais monter l'amertume ou si je me lançais dans une réflexion pour échafauder un nouveau plan d'attaque, je ferais deux erreurs :
Je m'attacherais à une méthodologie, ce qui va à l'encontre du rejet de tout système.
Je laisserais la conscience émotionnelle (la frustration, le jugement) prendre le dessus, chassant ainsi le naturel.
Il convient simplement d'observer l'écart, sans qualifier cela d'échec, car…
3 octobre 2025 : La pause et le piège de la méthode
...Demain, comme chaque jour, est un nouveau jour. Accueillons-le dès le réveil avec une respiration consciente ; l'attention se manifeste alors immédiatement.
Au cours de la journée, j'ai pris la décision, à plusieurs reprises, d'adopter une posture assise — que d'aucuns appelleraient « méditation » — pour simplement respirer consciemment.
Dès lors, la question s'impose : ne peut-on pas y voir une tentative de se rallier à une méthode ?
La réponse réside entièrement dans l'approche.
Oui, si cette pratique est effectuée systématiquement avec l'intention de créer une rupture, d'atteindre un état psychologique précis ou, en bref, de faire intervenir activement le mental et la volonté de « réussir ».
Non, si je m'accorde ce moment de pause lorsque je n'ai rien de particulier à faire, ou si je souhaite simplement suspendre une activité prenante pour me délasser.
Dans le second cas, l'acte n'est pas une technique imposée, mais une réponse spontanée et naturelle du corps et de l'être à l'instant présent. Il ne s'agit pas de faire de l'attention, mais de laisser être l'attention.
4 octobre 2025 : L’importance de la vigilance
L'attention est le pilier central de la démarche : satisfaire au principe que chaque être est une conscience et qu'il convient de vivre consciemment.
Une fois que la distinction entre la concentration et l'attention est bien comprise, on parvient aisément à inviter cette dernière. Cependant, elle s'esquive tout aussi facilement, ce qui rend le vécu constant si difficile à maintenir.
Comment y parvenir ?
Surtout, il ne faut pas s'obstiner à vouloir maintenir l'attention coûte que coûte. Ce « vécu constant » est en réalité l'énoncé d'un état idéal pratiquement impossible à atteindre de manière forcée.
Ce qui importe, c'est de remarquer les ruptures de l'attention — un défi relativement aisé tant elles sont nombreuses au cours de la journée.
C'est là que la vigilance intervient, devenant la « capacité psychologique » première pour y parvenir.
En effet, il nous arrive de ne pas nous rendre compte que l'état d'attention a été quitté, surtout lorsque nous ne sommes pas appliqués à une tâche précise. Si nous sommes simplement attentifs, le mental peut déployer subrepticement son flot de pensées parasites, ou, pire, proposer un scénario bien ancré dans la mémoire émotionnelle (nous invitant à revoir ou développer des événements passés ou futurs). Tant que la vigilance ne s'active pas, nous demeurons l'acteur principal de ce scénario illusoire.
Il convient donc de cultiver la vigilance, car c'est elle qui abaissera le seuil où nous nous apercevons que l'attention se dérobe.
5 octobre 2025 : L’observation muette
Aujourd'hui, il n'y a rien à commenter.
L'observation se poursuit, sans analyse ni jugement. Simplement, l'enregistrement de l'instant présent.
6 octobre 2025 : La normalité de l’absence de commentaires
Pour revenir sur l'entrée du 5 octobre, l'expression « Pas de commentaires » signifie simplement qu'il n'y a pas d'éléments nouveaux ni de réflexions dignes d'être rapportées.
Cette situation est tout à fait naturelle. Poursuivre le vécu constant – ou s'engager sur toute autre voie impliquant un changement de niveau de conscience – ne se traduit pas nécessairement par des « découvertes » quotidiennes dans la connaissance de soi.
Surtout, cette absence de récit n'est pas animée par une volonté de forcer le vécu constant, ni de le maintenir coûte que coûte sur une certaine période. Nous devons à tout prix éviter d'engager le mental dans une quête de performance ou de résultat.
Le principe demeure l'observation sans effort.
Il en a été de même pour la journée du 6 octobre.
7 octobre 2025 : L’apport quotidien du changement de niveau de conscience
« Qu’est-ce que ce changement de niveau de conscience apporte au quotidien ? »
Cette question, posée tôt dans le processus, est essentielle. Selon l'expérience vécue, elle peut décourager de poursuivre dans cette voie. Bien sûr, chaque expérience est personnelle et ne saurait conduire à une généralisation.
Cependant, il est important de revenir à la façon dont nous abordons cette manière d'être, en combinant les deux piliers qui la sous-tendent : le vécu constant et la vigilance.
Le Vécu Constant : Il concerne toutes les activités de la période de veille et implique l'attention, épaulée si nécessaire par la respiration consciente.
La Vigilance : Elle permet le retour à l'attention lorsque celle-ci s'est égarée, quelle qu'en soit la cause.
Ainsi, chaque activité est abordée avec attention... et cela change tout !
En effet, lorsque l'action est épurée du cortège des pensées parasites véhiculées par le mental (qui puise dans la mémoire et les émotions), nous découvrons l'action naturelle comme neuve. Les actes routiniers ou habituellement contrariants (faire le ménage, les commissions) prennent une autre dimension lorsqu'ils sont effectués en étant simplement attentif.
L'Exception Physiologique : La Parole
Une précision s'impose concernant la respiration consciente : elle peut accompagner toutes les activités de la veille, à l'exception de la parole.
Examinons ce processus :
La parole est principalement produite pendant la phase d'expiration. Si l’on était en pleine respiration consciente, toute décision de parler interrompra immédiatement l'inspiration (qui sera tronquée) pour laisser place à l'expiration nécessaire au son. Cette expiration sera en outre prolongée et contrôlée pour soutenir la phrase, à l'opposé du simple relâchement de la respiration de repos.
Cette contrainte physiologique est en réalité une excellente nouvelle :
Elle ne concerne qu'une seule activité.
Lorsque nous parlons, les raisons d'être simplement attentif ne manquent pas, et elles sont cruciales : l'écoute attentive de l'interlocuteur et la recherche de la parole juste.
Ces remarques encouragent à poursuivre dans cette voie.
8 octobre 2025 : L’attention et les obstacles du pouvoir psychique
Hier, nous avons considéré les effets bénéfiques du changement de niveau de conscience sur la vie quotidienne. Cependant, il est communément admis qu'un tel travail est susceptible de développer et de manifester des capacités psychiques, voire « surnaturelles ».
À ce propos, Patanjali, auteur des Yoga Sûtras, met en garde le pratiquant : ces capacités ne sont que des obstacles sur le chemin de l'ultime libération. S'y attacher ou les rechercher pour elles-mêmes détourne du véritable but du Yoga : la cessation des fluctuations du mental et la réalisation du Soi.
Voyons comment cela se traduit dans la voie de l’attention.
La conscience est comme un écran sur lequel sont projetées les expériences du mental (pensées, paroles, actions). Lorsque l’on n’est pas attentif, ce mental crée un fractionnement de la conscience, nous laissant à la merci :
De la domination des émotions.
De l'hyper-mentalisation (obsessions, scénarios en boucle).
De la non-concordance entre la compréhension rationnelle et la réponse émotionnelle (exemple : savoir qu'une relation est terminée, mais continuer d'aimer).
Lorsque l’attention se manifeste, les contenus du mental responsables de ce fractionnement demeurent en retrait, et la conscience est alignée.
Le Piège de l'Expérience
Le processus s’avère encore plus insidieux lorsqu’il s’agit de capacités psychiques ou d’expansions de conscience. Ces expériences sont promptes à créer une forme d’addiction et renforcent la prédominance du mental, qui établit alors un lien puissant entre le sujet (l’ego) et l’objet de l’expérience.
Ceux qui sont au fait de la « physiologie spirituelle » rétorqueront qu’il s’agit là d’expériences normales, correspondant à l'activation des corps subtils. D’accord, mais tous ces corps et leurs expressions sont inclus dans la conscience. Si l’on recherche ou s’attache à l'une de ces manifestations, on participe pleinement au fractionnement de la conscience, car le mental en fait un objet de mémoire, susceptible d’être réactivé : la conscience n'est plus alignée.
Or, lorsque l’on agit en étant attentif, la relation entre le sujet agissant et les « fruits » de l’expérience tend à s’estomper, voire à disparaître.
L'Anecdote de Shri Aurobindo
Pour illustrer l'importance de ce détachement, citons une anecdote attribuée à Shri Aurobindo (1872-1950) :
Une petite fille, à qui ses parents avaient dit qu' Aurobindo était un grand yogi, lui demanda : « Est-ce que tu as de grands pouvoirs ? »
Il répondit : « J'en ai eu, mais il ne m'en reste plus que deux : la patience et la compassion. »
Faire preuve de patience, et au moins de compréhension avant d’être en capacité d’exercer la compassion dans nos relations avec autrui, cela suppose vraiment de grands pouvoirs ! Et l’on y parvient lorsque l’on est véritablement attentif.
9 octobre 2025 : L’historique des expansions de conscience
Retour sur un demi-siècle de quête (L'Étincelle)
Comme je l'ai mentionné dans la première partie de ce journal, mon intérêt pour la connaissance de soi ne date pas d'hier : il couvre plus de cinquante-six ans !
Cette étincelle, c'est l'œuvre de l'écrivain Lobsang Rampa qui l'a allumée. Même si j'ai ensuite tracé ma propre voie, il a été le point de départ de ma démarche.
Aujourd'hui, mon chemin est clairement défini : il repose sur l'attention, la vigilance et la respiration consciente, et m'a conduit à me tenir à l'écart des pratiques d'expansion de conscience ou des « pouvoirs psychiques" » Mais cela a-t-il toujours été le cas ? Il est temps de revenir sur l'historique de ces manifestations.
Première étape : La Tentative de Voyage Astral (Il y a 36 ans)
Rampa parlait beaucoup du voyage astral – ou projection astrale – cette expérience de dissociation de l'esprit du corps physique permettant d'explorer d'autres « plans de réalité ».
Plein d'enthousiasme, Philippe et moi avons suivi la méthodologie proposée dans son livre « Les secrets de l’aura ». Nos tentatives pour réaliser ce voyage ont été vaines... jusqu'à ce qu'un rêve particulier se manifeste.
Un rêve prémonitoire ou « hors du corps » ?
Une nuit, j'ai rêvé que je rencontrais Philippe et que nous nous rendions à la résidence secondaire de ses parents. Dans ce rêve, j'ai noté des détails précis :
Un cours d’eau qui se faufilait derrière un mur près de la maison.
Dans une chambre, sur la cheminée, il y avait une pendule, des romans policiers et de science-fiction.
Quand j'ai raconté mon rêve à Philippe, il a confirmé ces informations alors que je ne connaissais absolument pas les lieux ! Ce n'était pas tout à fait un rêve lucide, mais cette expérience nous a fortement confortés dans la réalité de notre quête.
Deuxième étape : Le Refus Clair (20 ans plus tard)
Vingt années plus tard, une autre expérience impliquant le voyage astral s'est présentée. J'étais en vacances dans le Jura et je m'étais lié d'amitié avec un couple d'Anglais (la femme parlait couramment français).
Le Rêve de l'Invitation
Peu avant la fin de mon séjour, j'ai fait un rêve : j'étais dans mon lit, la chambre était très éclairée. J'ai réalisé que la lumière émanait du couple que je pouvais observer flottant au plafond, juste au-dessus de moi.
La femme, communicant avec moi (l'homme restait silencieux), m'incitait fortement à me projeter astralement. Bien que je sente que j'aurais pu y parvenir avec son aide, j'ai clairement refusé.
Mon motif était précis : je considérais que cela ne correspondait plus à mon chemin. Pire, cela risquait de devenir un « point d’ancrage dans le mental », renforçant son pouvoir au lieu de me libérer vers la connaissance de soi. Le rêve s'est arrêté là.
La Confirmation
Le lendemain, au petit-déjeuner, sans aucune préparation, la femme m'a regardé fixement et a lancé : « Le voyage astral ! » Je n'ai montré aucun étonnement, ni répondu, ni parlé de mon rêve. J'ai appris plus tard que son mari suivait des cours d’occultisme.
Conclusion de l'anecdote :
Le Fait : Rêve révélateur, remarque impromptue, intérêt pour l'occultisme : tout convergeait vers la thématique du voyage astral.
Le Changement : En vingt ans, mon attitude a changé radicalement, passant d'un désir ardent de pratiquer à la résolution ferme de renoncer à ces expériences.
Troisième étape : Le Prélude à l'Éveil de Kundalini ?
La Kundalini est traditionnellement vue comme une puissante énergie spirituelle dormante en chacun de nous – le potentiel d'éveil spirituel. Son activation est un chemin vers la réalisation de soi.
Depuis que l'attention est devenue une attitude régulière, la respiration consciente s'installe naturellement avant de dormir.
Il y a quelques mois, alors que j'étais allongé dans l'attente du sommeil, de fortes vibrations se sont produites le long de ma colonne vertébrale. L'étude du yoga m'a fait immédiatement penser à une manifestation de l'énergie de Kundalini.
L'Interruption Intuitive
Ma réaction fut immédiate : celle de ne pas favoriser cette expérience. J'ai agi instinctivement :
Je suis revenu à une respiration lente et profonde (elle s'était accélérée).
J'ai porté mon attention au sommet de ma tête (le chakra Sahasrara).
[Note : Les Chakras sont, dans les traditions spirituelles indiennes, des centres d'énergie subtile situés le long de la colonne vertébrale.]
Progressivement, la vibration a cessé. Le phénomène s'est reproduit plusieurs fois, et à chaque fois, la respiration centrée sur le Sahasrara a fait disparaître la manifestation de plus en plus rapidement.
Pourquoi ne pas encourager l'expérience ?
Certains se demanderont : pourquoi refuser une expérience qui est traditionnellement considérée comme une voie royale vers la connaissance de soi ? Est-ce la peur qui m'a guidé ?
Non.
La voie que je suis repose uniquement sur l'attention, la vigilance et la respiration consciente. Cette triade me suffit amplement pour aborder l'existence « ordinaire" » avec quiétude.
Surtout, cette pratique développe une intuition qui m'informe clairement : je dois renoncer aux expériences transcendantales.
La boucle est bouclée : le désir ardent d'autrefois a disparu. Maintenant, mon refus est présent durant les rêves, et lorsque des manifestations spontanées se présentent, l'intuition m'apporte les instructions nécessaires pour les interrompre.
Mon chemin est ici, dans l'instant, pleinement conscient.
10 octobre 2025 : Le test de la vigilance
Réveil brutal cette nuit à 1h40 à cause d'un bruit.
Au lieu de laisser l'agacement ou le mental prendre le dessus, j'ai tout de suite appliqué ma démarche :
Reconnaissance et acceptation : J'ai identifié le bruit. Même s'il est dérangeant, j'ai immédiatement jugé qu'il n'était pas dangereux.
Activation de la pratique : J'ai décidé de transformer cet événement en une opportunité de pratique. Je me suis mis dans un état d'attention et de vigilance, en me concentrant sur ma respiration consciente.
Lâcher-prise : J'ai maintenu cette attention respiratoire jusqu'à ce que le sommeil revienne naturellement.
L'objectif n'était pas de me rendormir à tout prix, mais d'utiliser ce moment de veille involontaire pour rester ancré dans ma pratique, et non dans la frustration ou l'énervement. C'est l'un des bénéfices de cette démarche : pouvoir la maintenir même quand l'existence "ordinaire" (ici, le sommeil interrompu) est perturbée.
11 octobre 2025 : L’action juste et la disparation de l’observateur
Krishnamurti fut évoqué dans ce journal, et je voudrais mentionner l’un des points centraux de ses enseignements : l’attention totale permet l’action juste qui devient alors neuve et non conditionnée.
Longtemps, je butais sur cette notion de nouveauté liée à la découverte sensorielle ou événementielle. En effet, je n’est jamais perçu l’attrait de la nouveauté dans toutes les actions déjà expérimentées, abordées avec attention.
Peut-être que le niveau d’attention s’avère insuffisant.
Finalement, pourquoi ne pas reconsidérer la situation à l’aune sa propre compréhension (un rappel approprié de l’un des enseignements du Bouddha : « Voyez par vous-même, soyez votre propre lumière »).
En fait, s’interroger sur le niveau d’attention implique encore et toujours le mental, et c’est l’écueil.
Il est inutile de vouloir vivre cette sensation de nouveauté, qui de toute façon ne devrait pas se manifester.
La simple perception de se qui se passe suffit : l’action est complète lorsqu’il n'y a plus de place pour le conflit mental : « Je devrais faire autre chose ». Et c’est bien se qui se passe lorsque l’on acquiert un certain niveau d’attention.
Par ailleurs, j’ai enfin compris cette autre phrase de Krishnamurti qui m’avait toujours semblé énigmatique : « l’observation sans l’observateur ».
L'observateur est le « moi », l'ego, qui est le produit du passé. Lorsque l'observateur (le passé, la mémoire) disparaît, il ne reste que l'action immédiate et le fait non conditionné.
L'Écueil de la « Nouveauté » selon Krishnamurti
Krishnamurti a centré son enseignement sur l'idée que l'attention totale permet l'action juste, qui devient alors neuve et non conditionnée.
Pendant longtemps, j'ai buté sur cette notion de nouveauté. Je cherchais à ressentir quelque chose de neuf dans des actions que j'avais déjà expérimentées mille fois, même en étant attentif. Je me demandais : mon niveau d'attention est-il insuffisant ?
Le piège : Le mental juge
Ce questionnement est justement l'écueil ! Se demander si son attention est suffisante ou si l'action est neuve engage le mental, qui est toujours en train de juger, de comparer ou d'attendre un résultat.
J'ai réalisé qu'il est inutile de vouloir vivre cette sensation de nouveauté. Elle n'est pas un objectif à atteindre.
La vraie simplicité de l'action juste
J'ai choisi de revenir à ma propre compréhension, en écho à l'enseignement du Bouddha : « Soyez votre propre lumière ».
La simple perception de ce qui est en train de se passer suffit.
L'action est complète et juste lorsqu'il n'y a plus de place pour le conflit intérieur, cette petite voix qui dit : « Je devrais faire autre chose » ou « Est-ce que je le fais bien ? »
C'est exactement ce qui se produit lorsque l'on maintient un niveau d'attention constant : l'action EST, sans la friction du jugement.
Le mystère de « l'observation sans l'observateur »
Cette prise de conscience m'a permis de déverrouiller une autre phrase de Krishnamurti qui m'avait toujours semblé énigmatique : « L’observation sans l’observateur. »
1. Qui est l'observateur ? L'observateur, c'est le « moi », l'ego. C'est le produit de notre passé, de nos mémoires, de nos expériences accumulées. Il est l'ombre de ce que nous avons déjà été.
2. Que se passe-t-il quand il disparaît ? Lorsque cet « observateur » (le passé, la mémoire) se met en veille ou disparaît, il ne reste que la pureté de l'instant présent. Il ne reste que l'action immédiate, libre de tout conditionnement.
C'est là que réside la vraie « nouveauté » : elle n'est pas dans l'événement, mais dans le regard qui est posé, un regard enfin libre du filtre de l'histoire personnelle.
En bref : L'action juste n'est pas une recherche de sensation ou de nouveauté. Elle est la complétude de l'instant dès que le jugement du mental (l'observateur) est suspendu par l'attention.
12 octobre 2025 : L'ancrage au quotidien et le défi de la durée
Les « micro-retours » à l'attention
Progressivement, chaque changement d'activité ou de circonstance est devenu un déclencheur pour me ramener à la conscience (cela peut être simplement le fait de s’arrêter, et d’attendre que le feu de signalisation marque le passage des piétons pour traverser une rue).
Ces moments de transition coïncident désormais naturellement avec un retour à l’attention ou à la respiration consciente. C'est un grand pas ! Le corps et l'esprit intègrent le réflexe de l'ancrage.
Le Défi de la Persistance
Toutefois, ce retour à l'attention est encore fragile : il ne dure pas.
Dès que la nouvelle activité reprend ou que la nécessité d'attendre cesse, l'attention se dissipe et le mental reprend le contrôle.
L'enjeu n'est plus seulement de susciter l'attention lors des transitions, mais de la maintenir dans la continuité de l'action. Je reconnais la difficulté du chemin : passer de l'état de « micro-retours » fugaces à celui d'une vigilance constante. C'est là que réside le véritable travail.
13 octobre 2025 : Les chats, maîtres de l'attention
J'ai la chance de garder actuellement deux chats, et cette cohabitation est une leçon fascinante.
On dit souvent que les animaux ont des perceptions bien plus fines que les nôtres. Je suis convaincu que leur capacité à capter l'état psychique et l'agitation mentale des humains est réelle. De plus, les chats sont, par nature, de véritables maîtres de l'attention et de la vigilance.
J'ai remarqué un phénomène intéressant : leurs attitudes changent visiblement lorsque je maintiens mon état d'attention consciente pendant un certain temps.
L'un des chats, en particulier, vient alors se placer juste à côté de moi, cherchant le contact physique et restant là, paisible, pour une période prolongée.
Ce comportement devient une opportunité. Leur présence et leur calme m'incitent à maintenir ce vécu constant d'attention et de vigilance. C'est une forme de "révérence" à ces êtres qui, par leur simple présence, me renvoient un miroir de mon propre état de conscience.
La pratique n'est pas seulement un exercice intérieur ; elle est validée, et même renforcée, par la subtile interaction avec le vivant autour de moi.
14 octobre 2025 : Quand la multitude d'activités éclipse l'attention
L'Attention en Retrait
La journée d'aujourd'hui a été dominée par de nombreuses occupations et tâches multiples.
Le résultat est clair : l'attention consciente est restée en retrait. Au lieu de servir de fondement à mes actions, elle a été submergée par le rythme et la densité des événements.
C'est une leçon cruciale à retenir. Théoriquement, une journée riche en changements d'activités devrait être une aubaine ! Chaque transition (passer d'une tâche à une autre) est une sonnette qui devrait déclencher un retour à l'attention.
Or, c'est le contraire qui s'est produit. La charge mentale a entraîné une baisse de la vigilance.
Ce schéma d'oubli de l'attention sous la pression de l'activité est inévitable et se reproduira.
La solution n'est pas de blâmer l'activité, mais de renforcer le réflexe. Cela souligne l'importance vitale de la vigilance.
La vigilance doit être l'état de surveillance constant qui nous rappelle d'appliquer l'attention lors de ces moments de transition, même et surtout quand le mental est saturé. Demain, face à une journée chargée, je dois me rappeler : la transition n'est pas une perte de temps, mais un point de réancrage essentiel.
15 octobre 2025 : Le corps s’exprime, saurons-nous l’écouter ?
Le défi majeur de cette démarche (basée sur l'attention, la vigilance et la respiration consciente) reste le mental.
Son cortège de pensées incessantes est l'obstacle principal à la connaissance de soi. Le bavardage mental est quasi-permanent et s'impose. Que l'on ressente de l'agacement face aux pensées parasites, ou une dépendance à ce bruit intérieur qui comble le silence, il faut bien « faire avec ».
Mais qu'en est-il du corps dans tout cela ?
Nous reconnaissons facilement son expression la plus bruyante : la douleur. Ce signal salutaire nous alerte immédiatement d'un danger ou d'un problème menaçant son intégrité.
Cependant, en dehors de la douleur, le corps est souvent silencieux. Ou plutôt, son langage est si subtil que nous l'ignorons.
Prenons l'exemple des tensions musculaires. Elles sont souvent provoquées par le stress ou une mauvaise posture, mais nous les remarquons à peine, voire pas du tout. Au fil du temps, cette indifférence nous fait endosser une véritable cuirasse de contractures au quotidien, limitant notre fluidité et notre bien-être.
C'est là que l'attention change tout.
L'attention permet de localiser immédiatement ces tensions musculaires, même les plus faibles. Dès qu'elle est mise en lumière, il devient facile de rétablir l’équilibre postural et de faire disparaître cette tension inopportune.
Ainsi, l'engagement dans la connaissance de soi, via l'attention, ne se limite pas à la méditation : elle s'intègre parfaitement dans le maintien du bien-être physique au quotidien, en nous apprenant à écouter les murmures du corps avant qu'ils ne deviennent des cris.
16 et 17 octobre 2025 : L'attention face au pilote automatique du cerveau
Le retour au schéma habituel
Ces deux jours, les 16 et 17 octobre, ont marqué un retour au schéma habituel. L'attention était présente, certes, mais de manière intermittente, comme elle l'était avant que je ne m'engage dans cette démarche de vécu constant. L'intensité de l'effort s'est relâchée.
Le résultat est que le mental a réactivé ses conditionnements.
Le défi du cerveau conditionné
C'est un rappel essentiel : être une Conscience est notre nature fondamentale, mais faire en sorte que cette Conscience se manifeste sans interruption implique de composer avec un cerveau qui a passé toute sa vie à fonctionner sur pilote automatique.
Le mental
comprend parfaitement la logique de l'implication et de la
discipline. Cependant, les automatismes biologiques et neurologiques
— qui sont des habitudes profondément ancrées — continuent de
tirer en arrière. Le mental enregistre à la fois l'implication dans
la pratique et les défaillances.
La leçon : accueillir l'oscillation sans jugement
Plutôt que de céder à la frustration face à ces "rechutes", l'attitude juste est de les intégrer comme une donnée du processus. Le chemin vers la connaissance de soi n'est pas une ligne droite.
Le véritable travail consiste à maintenir l'observation sans que le mental utilise cette oscillation pour nous juger ou nous décourager.
18 octobre 2025 : L'épreuve de l'éveil sensoriel
La première respiration : l'ancrage matinal
Chaque matin, la première respiration consciente au réveil est cruciale. Elle est le geste initial qui ouvre la porte au vécu constant et ancre l'être dans l'instant présent.
L'Assaut des Sens
Immédiatement après, le défi commence : l'éveil sensoriel provoque une irruption de stimuli. La vue, l'ouïe et l'odorat se manifestent spontanément et mettent rapidement l'attention à rude épreuve.
C'est une réaction normale. Le cerveau remplit sa fonction biologique : il est en mode surveillance, utilisant l'appareil sensoriel pour collecter des informations et s'assurer de la sécurité de son hôte.
La volonté face au réflexe
Dans ce contexte, le travail consiste à exercer sa volonté d'être conscient.
Il ne s'agit pas de rejeter les sens, mais d'instruire le cerveau que l'on ne souhaite pas être détourné par le flot incessant d'informations. Maintenir l'attention dans ces premiers moments de la journée est un acte de vigilance qui permet d'affirmer son intention consciente face aux réflexes du mental.
19 et 20 octobre 2025
Rappelons-le, ce journal est centré sur la conscience : c’est la nature première de l’être que nous sommes, et à partir du libre arbitre et de la volonté, il est possible d’engager un travail sur cette conscience, d’aborder sa nature au-delà des manifestations du mental via un vécu constant soutenu par l’attention, la vigilance et la respiration consciente.
Cette démarche, bien qu’originale par le cheminement suivi car inhérente à la personne, n’est pas inédite, les voies développées par le Bouddha, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi et Krishnamurti en témoignent amplement : rien de nouveau sous le soleil de la conscience ! Une telle lignée légitime ce processus.
Il importe de décrire ici un phénomène observé qui n’est pas nouveau, mais gagne en ampleur depuis le recours fréquent à l’attention.
Au coucher, la posture dépourvue d’activité oriente naturellement l’attention sur la respiration qui demeure ainsi aisément consciente. Cela peut se poursuivre relativement longtemps, repoussant la venue de l’endormissement, sans pour autant s’accompagner de mouvements du corps, impatient de pouvoir dormir !
Le réveil se fait naturellement, dépourvu d’une sensation de fatigue généralisée, signe d’une nuit agitée ou d’un sommeil par trop écourté. Dans la journée, nul besoin de compenser par une sieste réparatrice.
Il me souvient alors des propos de Krishnamurti déclarant : « Le cerveau exige de l’ordre, et cet ordre peut être obtenu par l’attention dans l’action. Sinon, le cerveau s’attelle à cette tâche durant les rêves. »
Le cerveau produit la pensée, c’est l’une de ses fonctions essentielle. La totalité du flux mental journalier est estimée entre 60 000 et 70 000 (conscientes, inconscientes et parasites).
L’attention réduit considérablement cette activité, notamment les pensées inconscientes et parasites (plus de 80-90% sont automatiques, répétitives et non-conscientes).
Il semble intéressant d’analyser les propos de Krishnamurti. Pour rappel : « Le cerveau exige de l’ordre, et cet ordre peut être obtenu par l’attention dans l’action. Sinon, le cerveau s’attelle à cette tâche durant les rêves. »
1. Le cerveau exige l'ordre et le rôle de l'attention
Le concept d'ordre : pour Krishnamurti, l'ordre n'est pas une simple organisation matérielle, mais un état intérieur d'absence de conflit, de peur et de fragmentation psychologique. Le désordre est engendré par le « moi », ses désirs et ses conditionnements.2. Le cerveau silencieux en état d'attention
L'affirmation selon laquelle « le cerveau est silencieux, complètement sans aucune réaction lorsqu’il y a de l’attention » est un pilier de l'enseignement de Krishnamurti.Le « silence" » ici ne signifie pas que l'activité électrique du cerveau (mesurable par EEG) s'arrête (ce qui signifierait la mort), mais plutôt l'arrêt du « bruit » psychologique : la cessation du bavardage mental constant, du jugement, de la rumination et de la production de pensées parasites.
Pour lui, l'attention véritable est un état où l'esprit n'est plus en train de réagir à chaque stimulus par des étiquettes, des jugements ou des associations mémorielles. L'observation est directe et pure, ce qui met fin à la formation d'une nouvelle « mémoire psychologique » conflictuelle, et donc conduit au silence mental.
Il est important de noter que ces affirmations ne sont pas des déclarations scientifiques ou neurologiques basées sur des études d'imagerie cérébrale ou d'électroencéphalographie (EEG), mais des concepts explorés dans le cadre de son enseignement spirituel et philosophique.
Il y a donc un débat sérieux qui se profile : la tension philosophique et épistémologique qui existe entre la science cognitive matérialiste et les traditions contemplatives ou mystiques. Il convient d’aborder cela de façon objective, en se gardant bien d’éviter les biais cognitifs.
3. Le cadre scientifique : matérialisme réductionniste
La matière est première : l’hypothèse de base est que la conscience et l'esprit sont des produits émergents de l'activité biochimique et électrique du cerveau. L'univers est composé de matière et d'énergie, et tout phénomène, y compris l'esprit, doit être explicable en ces termes.Mesurabilité : ce modèle privilégie ce qui est mesurable, reproductible et falsifiable. Il cherche des corrélats neuronaux de la conscience, c'est-à-dire les patterns d'activité cérébrale qui correspondent à des expériences subjectives spécifiques.
Conscience et objet : dans ce cadre, la conscience est souvent définie par son aspect intentionnel : elle est toujours conscience de quelque chose (un objet, une pensée, une sensation). La recherche explore comment le cerveau construit ces représentations d'objets.
4. Incompatibilité avec les états mystiques
L'incompatibilité est réelle car les états traditionnels transcendent les cadres de ce modèle.
4.1. États sans objet : conscience pure
- Sans pensée : un état de conscience pure ou de « vacuité » qui n'est pas le sommeil, la mort cérébrale ou l'inconscience, mais une absence de l'activité mentale et émotionnelle habituelle.
- Silence : un silence mental profond qui correspond au « cerveau silencieux » que décrivait Krishnamurti, mais qui est généralement considéré comme impossible par la seule définition matérialiste de la conscience comme « conscience de... »
4.2. Le « Problème difficile de la conscience »
La science bute sur le « problème difficile de la conscience » (selon David Chalmers) : même si l'on parvient à cartographier tous les corrélats neuronaux de la conscience (comment le cerveau perçoit le rouge, par exemple), cela n'explique pas pourquoi nous avons une expérience qualitative subjective (qualia) plutôt que d'être de simples automates.Les traditions mystiques suggèrent une réponse différente : la Conscience (le soi, l'âtman, la nature véritable) n'est pas un produit du cerveau, mais est première et fondamentale à l'existence. Le cerveau serait alors un organe de réception ou de filtration de cette Conscience, et non sa source.
4.3. L’effet de présence
L'effet perçu en présence de figures ayant réalisées leur nature véritable, comme Ramana Maharshi ou Ma Ananda Moyi n'a aucune explication dans le modèle matérialiste standard. Ce phénomène est souvent associé à :- Le champ de la non-dualité : ces figures sont réputées être enracinées dans l'état de « nature véritable » au-delà du mental. Leur simple présence est dite induire un état de silence intérieur ou de reconnaissance de sa propre nature chez l'observateur.
- Synchronisation cérébrale : bien que non prouvé, on pourrait spéculer que des recherches futures pourraient tenter d'étudier si la présence de ces maîtres induit une synchronisation des ondes cérébrales de l'observateur vers un état de gamma (souvent associé à l'unification des perceptions) ou de thêta/delta (associé à la méditation profonde et au Samadhi).
Les expériences issues des traditions contemplatives et mystiques (les états de conscience pure et l'effet de présence) constituent des anomalies sérieuses pour le modèle matérialiste strict, et remettent en question l'hypothèse selon laquelle le cerveau est la source exclusive de la conscience. C'est un domaine où la philosophie de l'esprit, la physique quantique et les neurosciences tentent d'évoluer.
21 au 24 octobre 2025 : La conscience ordinaire reprend le dessus
Ces quatre jours ont été marqués par un constat simple et récurrent : la conscience ordinaire a repris le dessus.
L'état de vécu constant, soutenu par l'attention et la vigilance, s'est estompé, laissant place aux automatismes et à la dispersion mentale habituels.
Ce phénomène n'est ni un échec, ni une surprise. Au contraire, il est une composante essentielle du chemin.
Le retour du conditionnement : le cerveau, habitué à fonctionner sur la base de la mémoire et des automatismes, reprend naturellement son rôle de « pilote automatique » dès que l'effort conscient de l'attention est relâché.
L'Importance de la vigilance : ces phases de recul"soulignent avec force l'importance vitale de la vigilance. Sans cet état de veille constante qui rappelle d'appliquer l'attention, le retour aux schémas anciens est inévitable.
L'objectif n'est pas de vivre sans ces retours à la conscience ordinaire, mais de réduire l'intervalle entre l'oubli et le rappel conscient de la pratique. Le processus d'observation et de reconnaissance de cet état de "reprise du dessus" fait partie intégrante du travail.
25 octobre 2025 : Le sursaut de la volonté
Après la phase de latence où la « conscience ordinaire » a repris le dessus (du 21 au 24 octobre), le retour au vécu constant fut initié, comme bien souvent, par la première respiration consciente du matin au réveil. Ce simple geste agit comme le rappel essentiel qui réaffirme la volonté de l'être.
La Méthode de la Relance Progressive
Pour parvenir à un vécu constant de manière progressive, une méthode de relance s'impose :
Amorcer par l'attention : débuter chaque nouvelle activité en veillant scrupuleusement à être attentif. La respiration consciente est utilisée comme point d'ancrage si nécessaire pour faciliter cette transition.
Maintenir sans effort : une fois que l'attention est établie, l'objectif est de la laisser accompagner l'action naturellement, sans se soucier de la maintenir de force.
Réamorçage délibéré : si l'attention s'est dissipée avant l'achèvement d'une tâche (ce qui est fréquent), il est impératif de faire un sursaut de vigilance et d'amorcer l'activité suivante par un acte délibéré d'attention.
La récente retombée dans les automatismes me pousse à réagir fermement aux déclarations de ceux qui professent le Néo-Advaita : « Vous n’avez rien à faire, vous êtes déjà la pure conscience » !
Certes, la Conscience est notre nature essentielle. Mais ce n'est pas le mental qui lèvera de lui-même le voile d'ignorance qu'il a tissé sur cette Conscience ! L'expérience quotidienne montre que l'effort de la volonté (l'attention) est absolument indispensable pour déloger les automatismes profondément ancrés. L'éveil n'est pas l'absence d'action, mais l'action juste, qui ramène l'attention au présent.
23 septembre 2026 : Reprise du journal : Conscience, sommeil profond et Turiya
L’idée de consigner ce vécu dans un journal survint naturellement.
Le résultat, outre qu’il apportait des éclaircissements précieux pour comprendre la genèse de cette « aventure », ne dépassait pas le mois : tenue du journal du 1er au 25 octobre 2025.
Pourquoi cet arrêt brusque ? La routine quotidienne qui reprend ses droits, il ne faudrait surtout pas la négliger !
Dès lors, une question ne manquerait pas d’être posée : comment un intérêt croissant pour cette recherche introspective, initiée timidement en 1969, peut-elle si facilement se dérober face à la routine quotidienne ?
C’est l’expression même du mental : l’obstacle incontournable à la connaissance de soi qui révèle notre nature véritable. Il est comme le petit nuage qui parvient sans difficulté à cacher l’imposant Soleil ! Il faut composer sans cesse avec lui, sans l’intégrer dans ce cheminement : un défi d’autant plus redoutable qu’il repose sur un vécu constant.
C’est également une leçon d’humilité fort utile : après des années de pratique, rien n’est jamais acquis ! En effet, le cerveau génère naturellement la pensée, et celle-ci peut devenir parasitaire au gré de ses fluctuations émotionnelles (surtout) et mentales dès l’instant où l’attention et la vigilance n’interviennent plus.
Cette reprise s’appuie sur deux éléments :
- La volonté de consacrer une part active à l’évolution de la conscience, la seule qui dépend complètement de soi, en opposition à l’évolution darwinienne.
- Le souhait de partager ce travail pour rester fidèle à la ligne conductrice de ce blog qui vit le jour à partir de l’ouvrage : « Vie, conscience et partage ».
Afin de poursuivre cette quête il n’est pas inutile, voire salutaire, de reprendre les bases de cette manière d’être, même si elle fut déjà exposée dans les textes précédents : après tout, la répétition n’est-elle pas le socle incontournable de la pédagogie ?
L’énoncé :
- Principe de base : chaque être est une conscience.
- En accord avec ce principe, il convient de vivre consciemment.
- Une façon de vivre consciemment consiste à être attentif.
- Être attentif, c’est demeurer dans l’observation sans jugement.
- On peut être attentif aux trois expressions qui nous déterminent complètement : pensées, paroles et actions.
- Respirer consciemment : une aubaine pour s’exercer à l’attention.
Explications :
La conscience est le principe premier qui nous unit. En affirmant que chaque être est une conscience, cela sous-tend que cette conscience est unique. Mais alors, comment expliquer la diversité indéniable des êtres ? La conscience représente ce qui nous relie, et les expériences de conscience, ce qui nous sépare.
La conscience, c’est l’écran sur lequel sont projetées les expériences manifestées, qu’elles soient sous forme de pensées, de paroles ou d’actions.
Une façon de comprendre cela :
Chaque jour, on passe par trois états : la veille, le rêve et le sommeil profond.
Les deux premiers impliquent l’ego, la personnalité : c’est évident pour la veille, on intervient selon notre individualité qui s’est construite au cours du temps (mémoire, sentiments, réflexions) ; durant le rêve, on sait qui l’on est, et les protagonistes avec lesquels on interagit appartiennent le plus souvent à notre « historique » relationnel. La différence avec la veille, si l’on écarte le fait que tout se déroule dans le mental, c’est que le scénario est imposé.
La phase de sommeil profond se distingue radicalement.
En effet, d'un point de vue phénoménologique et neurophysiologique, durant le sommeil profond, l'activité narrative et conceptuelle de l'esprit s'interrompt. La pensée disparaît, car les réseaux cérébraux responsables de l'intégration conceptuelle sont profondément désactivés. L'ego, défini comme la construction psychologique de la personnalité, de l'histoire personnelle et de l'identification (« je suis untel, je vis ici »), ne s'observe plus. Il n'y a plus de sujet pour expérimenter le monde ou le temps.
Lorsqu'une personne est soudainement éveillée au cœur de cette phase, elle traverse un état d'inertie du sommeil. Durant ces premières secondes, la structure intégrant la mémoire et l’identification n'a pas encore redémarré. La personne peut se retrouver dans un état vide de repères, incapable de dire qui elle est et où elle se trouve.
On peut dire que durant la phase de sommeil profond, rien ne s’affiche sur « l’écran de la conscience ». Il n’y a donc pas d’expériences de conscience ? C’est vrai au sens de l’ego qui éprouve. Mais la conscience demeure, elle établit le lien entre ces trois états (veille, rêve, sommeil profond). Que fait-elle alors ? « L’expérience de l’absence »...qui n’est pas vécue ou mémorisée, la personnalité, l’ego, n’en conserve aucune trace.
Les traditions (Vedanta, Yoga…) évoquent un quatrième état, Turiya : la Conscience pure (témoin) qui sous-tend et éclaire les trois autres états. On reviendra sur cette notion très importante.
Donc, dans le sommeil profond, tous les êtres sont identiques : même Gandhi et Hitler...Qui se sont distingués par leurs expériences de conscience !
Cette affirmation est abrupte et susceptible d’interloquer nombre de personnes. Une explication plus approfondie s’impose. Sur le plan de la personnalité, de l'histoire et des actes terrestres, l'écart est abyssal. Mais ramenés à la racine de l'être, dans le silence du sommeil profond où la structure psychologique s'effondre, la forme transitoire de l'ego s'évanouit pour tous de la même manière. Il n'y a plus de « saint » ni de « tyran », seulement le substrat impersonnel de la conscience en sommeil. C'est une illustration saisissante de l'illusion des formes et de l'identité séparée.
Cette réflexion n’a pas pour but de justifier ou de réhabiliter des êtres qui se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité, mais de comprendre au mieux le fonctionnement de la conscience afin de s’engager avec confiance sur la voie de la connaissance de soi.
Donc, le premier pas, qui est aussi le dernier, consiste à vivre consciemment afin de maîtriser la seule évolution dépendant de soi, et non de l’évolution darwinienne.
Être attentif, la clé qui ouvre les portes de la conscience. Il importe donc de bien appréhender cet état de conscience particulier. En effet, comme il peut accompagner toutes les manifestations de l’être, s’égarer dans sa pratique ferait emprunter invariablement une mauvaise voie, comme celle de la concentration.
Outre cette assistance au quotidien, l’attention fournit une aide précieuse dans l’apprentissage de la respiration consciente, ce pont entre le corps et l’esprit. De fait, il suffit simplement d’être attentif aux mouvements de la respiration (inspir, expir), sans forcer, de respecter le rythme voulu par le corps.
L’attention et Turiya : approfondissons la notion de Turiya
Turiya représente le quatrième état après : la veille, le rêve et le sommeil profond. Peut-on le considérer comme du sommeil profond conscient ?
Assimiler Turiya au sommeil profond conscient est une analogie pédagogique courante, mais philosophiquement incomplète. L’analogie est toutefois utile :
- Dans le sommeil profond, le mental s'apaise, les pensées s'arrêtent et l'illusion du « je » individuel s'efface temporairement. C'est un état sans contenus. Turiya partage cette absence d'agitation mentale et d'objets de perception.
- Mais Turiya dépasse le sommeil profond : dans le sommeil profond ordinaire, l’on se trouve dans l'inconscience (ce n'est qu'au réveil que l’on déduit : « j'ai bien dormi »). Dans Turiya, la Conscience est pleinement éveillée à elle-même, sans avoir besoin d'objet à observer. De plus, le sommeil profond commence et s'arrête, alors que Turiya n'est pas un « état » qui va et vient, mais la toile de fond permanente de l'existence. C'est l'écran sur lequel se projettent les trois films (veille, rêve, sommeil).
Le rôle crucial de l’attention...et de la vigilance
Dans le domaine de l’attention, de grands précurseurs se sont exprimés :
Ramana Maharshi : il ne voyait pas l'investigation comme une formule à répéter ou une pensée réflexive.
La question comme un tisonnier : il utilisait l'analogie du bâton qui sert à attiser le feu d'un bûcher funéraire ; une fois que le bois brûle, on jette le bâton dans le feu pour qu'il brûle lui aussi.
Le retour au silence : la question « Qui suis-je ? » n'est pas censée amener une réponse verbale ou un examen intellectuel. Elle sert uniquement à interrompre la projection du mental vers l'extérieur ou vers l'objet. Si elle provoque une analyse mentale, c'est que l'outil a été mal utilisé.
Krishnamurti : la radicalité de l'attention sans choix.
L'illusion de la dualité : dès qu'il y a un « effort » d'être attentif ou une technique d'auto-observation, le mental fabrique une entité (le « moi ») chargée d'être attentive.
L'attention pure : elle n'a aucun centre, aucun observateur, aucune direction. Elle survient spontanément lorsqu'on réalise l'inutilité de l'effort mental. Dans cette observation sans jugement ni effort, le résidu du passé (le mental) s'arrête de lui-même. C'est ce qu'il appelle la perception directe.
Que faire ?
Se rappeler les paroles attribuées au Bouddha historique, prononcées peu de temps avant son départ :
« Ne croyez pas ce que je vous dis par ce que je suis le Bouddha. Voyez par vous-même, expérimentez, faites-vous votre propre opinion, soyez votre propre lumière, ne suivez personne. »
Ce qui suit n’est donc pas une méthodologie ou un conseil. Cela est né d’un double constat : la difficulté de s’en tenir à la description de l’attention selon Krishnamurti, et celle de subir le joug du mental en s’essayant à l’auto-investigation de Ramana Maharshi. Ce ne sont que des réflexions personnelles qui correspondent au vécu dans l’exercice de l’attention. A chacun d’observer ce qu’il ressent et de trouver la ou les solutions qui lui conviennent.
Utiliser les outils de la conscience pour s’extraire de l’assujettissement du mental
La problématique consiste à résoudre le piège de la boucle intellectuelle en tentant de pratiquer l'auto-observation.
La distinction cruciale entre vigilance et questionnement : le questionnement (« Qui observe ? ») exige un traitement analytique par le néocortex ; il réalimente le mental. À l'inverse, la vigilance est une fonction purement perceptive. C'est un signal réflexe, immédiat et sans mot, qui constate le décrochage et rétablit l'attention globale.
L'acceptation de la nature du cerveau : reconnaître que le cerveau est un organe biologiquement programmé pour produire de la pensée (par associations mémorielles et émotionnelles) évite l'illusion d'une « guerre » contre le mental. On ne cherche pas à éteindre le moteur, on cesse simplement d'embarquer comme passager dans chaque pensée qui passe.
L'alignement direct avec la nature de la Conscience : considérer que l'être est conscience et que la pratique consiste simplement à vivre consciemment évite la quête artificielle d'états mystiques. L'observation sans jugement des pensées, des paroles, de la respiration et des actions est une forme directe et incarnée de la présence.
Le lien retrouvé avec Turiya
En procédant ainsi — par simple vigilance neutre et retour à l'observation sans jugement —, on ne cherche pas à « fabriquer » ou « atteindre » Turiya. C'est l'espace de silence et de présence dans lequel s'inscrivent la pensée intrusive, le signal de la vigilance et le retour à l'attention. En restant dans cette posture naturelle et sans effort dialectique, Turiya cesse d'être un concept philosophique pour devenir le fondement même du vécu quotidien.
9 octobre 2026 : Le vide quantique et la conscience
La physique moderne nous invite à voir le vide quantique non pas comme un « contenant » vide de tout, mais comme le substrat fondamental de l'univers. Oublions l'idée classique d'un espace passif et stérile : dans la vision contemporaine, ce vide est le socle vivant et indispensable à partir duquel tout émerge.
1. Qu'est-ce que le « quantique » ?
Avant d'aller plus loin, un mot s'impose : le terme « quantique » désigne tout ce qui touche à l'infiniment petit (les atomes et les particules qui les composent). À cette échelle, les lois de notre monde habituel ne s'appliquent plus ; la matière n'obéit plus à des trajectoires rigides, mais se comporte par « paquets » d'énergie et de probabilités.
2. Le vide comme « tissu » de la réalité
L'état fondamental des champs : pour comprendre ce vide, il faut d'abord définir ce qu'est un champ. En physique, un champ n'est pas un terrain cultivé, mais une zone de l'espace traversée par une force invisible (comme le vent ou le champ magnétique d'un aimant qui fait bouger une boussole). L'univers est ainsi rempli de champs invisibles qui s’entrechoquent. Le vide n'est rien d'autre que l'état de plus basse énergie de tous ces champs combinés — un calme vibrant en permanence, semblable à une surface d'eau endormie mais prête à onduler.
Le remplacement de l'éther : au dix-neuvième siècle, les physiciens cherchaient à tout prix un support matériel invisible, qu'ils appelaient l'éther, pour expliquer comment la lumière voyageait dans le vide sidéral (en croyant qu'une onde a obligatoirement besoin d'un fluide pour avancer, comme le son a besoin de l'air). Cet éther mécanique a fini par être abandonné, mais le vide quantique a en quelque sorte repris ce rôle de milieu de fond : non pas comme un vieux fluide matériel, mais comme un tissu vivant d'énergie et de potentialités infinies.
3. Les particules ne sont que des « vagues »
Dans cette perspective, la matière que nous connaissons (les atomes, les étoiles, les planètes, le vivant...) n'est pas étrangère à ce vide :
Les particules ne sont pas de petites billes solides et isolées posées dans un espace vide.
Ce sont simplement des excitations localisées, un peu comme des vagues ou des rides temporaires qui se forment à la surface d'un océan énergétique. L'océan, c'est le vide ; l'écume et les vagues, c'est la matière.
4. Le piège de la physique classique et le mythe du « point matériel »
Pour comprendre ce changement de paradigme, il faut mesurer à quel point notre physique classique nous a enfermés dans une vision artificielle.
Pour simplifier les calculs, la physique classique a inventé le principe du point matériel : une entité géométrique idéale sans extension ni volume, ramenée à un simple « point » mathématique dans l'espace.
Pourtant, au regard même des lois de la physique, c'est une aberration : un assemblage de points sans volume ne fera jamais, par simple addition de zéros, une masse tangible dotée d'épaisseur et de réalité physique. Si la physique classique a utilisé ce tour de passe-passe, c'est parce que notre mental a besoin de découper, de mesurer et de spatialiser le réel pour se rassurer.
5. Le parallèle avec la conscience
Bien qu'il s'agisse de deux méthodes d'investigation différentes — l'une empirique et mathématique, l'autre introspective et phénoménologique —, la structure de la description du « réel » présente des résonances profondes :
Du côté de la physique : le vide n'est pas le néant, mais un champ infini de potentialités invisibles d'où émerge toute la matière (les vagues à la surface de l'océan).
Du côté de la conscience (le Soi) : la conscience pure n'est pas un produit secondaire de la matière. Elle est dite « non-duelle » — c'est-à-dire qu'elle n'est ni divisée, ni séparée en deux (il n'y a pas d'un côté l'observateur et de l'autre le monde observé). Elle forme le substrat inaltérable et unique sur lequel se manifestent et se dissolvent toutes les formes, les pensées et les univers.
6. Le piège du mental et la tyrannie de l'ego
Notre esprit, façonné pour la survie quotidienne dans un monde d'objets séparés, cherche des causes mécaniques et des débuts chronologiques. C'est pourquoi les traditions spirituelles insistent sur le silence du mental :
Le mental ordinaire (le bavardage incessant de l'ego ou pensée discursive) découpe, mesure et crée une illusion de dualité entre « celui qui observe » et « ce qui est observé ».
La résistance de l'ego : s'ouvrir au silence intérieur s'apparente, pour l'ego, à une mort imminente, car il se nourrit de frontières, de définitions et de séparations.
Si la physique quantique a ébranlé notre intuition en montrant que la réalité fondamentale échappe aux billes solides de la physique classique, l'expérience contemplative suggère que la conscience fait de même avec nos constructions psychologiques. Le cerveau produit des pensées comme un écran de cinéma affiche des images ; s'identifier à ce flux continu, c'est confondre le ciel immense avec les nuages passagers qui le traversent.
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