Si vous avez déjà été l’objet de
ce témoignage, cela suppose que vous
êtes en capacité d’aider les personnes par une écoute bienveillante.
Et alors, ce n’est pas bien ? Oh
si ! Surtout, ne changez rien !
Essayons simplement ici de dépasser ce
constat pour élargir ce sentiment pour qu’il devienne actif auprès des
personnes qui trouvent du réconfort dans la présence et l’écoute qu’elles
reçoivent.
Nous savons bien, ou nous l’apprenons
chaque jour davantage, que dans une société où il importe avant tout de
s’occuper de soi, offrir du temps et de la compréhension aux autres devient un
véritable luxe ! Dès lors, la rareté crée la gratitude.
Pour le reste, on peut évoquer : le
soulagement à se confier, l’espoir de trouver une solution à nos problèmes en
les exposant tranquillement, le bien-être ressenti auprès d’une personne
attentive suscitant cette conviction d’importance : le sentiment d’exister
véritablement !
Mais poursuivons plus avant l’analyse,
c’est pour la bonne cause ! Il se peut que ces qualités d’écoute
permettent aux personnes qui, brisant le carcan de l’isolement psychique et de
l’appréhension consentent à se confier, de redécouvrir ou d’apprendre la nature
véritable des relations humaines : celles qui tissent et entretiennent les
liens indéfectibles de la compréhension et de la compassion.
Détectant cela et profitant de cette
aubaine, il conviendra de transmettre le message à la personne en demande
lorsque, suffisamment réceptive, elle peut saisir l’essentiel : le
réconfort qu’elle éprouve émane de son être dès l’instant où elle lui permet de
se manifester, en libérant le corps des tensions qui l’assaillent, en ouvrant
toutes grandes les fenêtres de sa psyché !
La dernière étape, la plus importante, est atteinte lorsque, prenant conscience de cette transformation, la personne initialement en attente reconquiert sa liberté et peut à son tour emprunter la voie de l’aide et de l’accompagnement des êtres en requête.
Emettons une hypothèse, non pas
audacieuse mais relevant du sens commun, et qui emprunte à
l’informatique : le cerveau permet à la conscience de fonctionner à partir
d’un disque dur (mémoire de stockage d’informations pouvant être utilisée par
un ordinateur) qu’il met à sa disposition, et dont le support par défaut (C:\)
correspond à la conscience ordinaire (émotionnel et intellect).
Une précision avant de poursuivre. Un
disque dur dispose d’une certaine capacité de stockage. Cette contenance peut
être divisée en plusieurs zones indépendantes, cela consiste à effectuer des
partitions du disque dur. Chacune d’elles sera identifiée ainsi : C:\
(origine), D:\ (deuxième partition), E:\ (troisième partition)...Lorsque l’on
met l’ordinateur en marche, celui-ci s’ouvrira normalement sur la partition
C:\. Pour travailler à partir d’une autre zone du disque, il faut intervenir
sur les commandes.
Finalement, c’est à peu près la même chose
que le cerveau nous fait vivre au quotidien.
A
chaque « démarrage », lorsque l’on expérimente l’environnement, cela
se manifeste par défaut à partir de la conscience ordinaire (la partition C:\),
et il en est ainsi tant que le cerveau fonctionne !
Pour changer la donne, percevoir,
observer, ressentir différemment, il faut « changer de partition »,
d’appeler celle qui permet « d’installer » la conscience attentive
(D:\ par exemple). Les commandes sont simples : libre arbitre et volonté.
Pourquoi en est-il ainsi ?
Les conditionnements et les habitudes de
vie. Le cerveau accomplit l’une de ses fonctions de base : intégrer du
mieux possible la personnalité dans la conformité. Celle-ci émane de l’ordre
sociétal ambiant : affirmation de soi dans les limites d’un cadre consumériste,
soutenue par la conscience émotionnelle.
Déroger à la règle et choisir d’évoluer à
partir de D:\ peut donner l’impression (si cela n’était qu’une
impression !) d’avancer à contre-courant, d’être ramené au réalisme
ambiant par une force élastique dont nous nous serions trop éloigné.
Mais cette action de rappel n’est reliée qu’à la conscience ordinaire, elle se désagrège lorsque l’on observe les événements avec vigilance et attention, des conditions toujours requises car même si cela s’avère de plus en plus facile avec la pratique et le temps, ce n’est jamais acquis de façon définitive !
Que le titre de ce texte emprunte
à la philosophie n’étonnerait guère. En effet, il s’agit de l’extrait d’une
citation du philosophe hollandais Spinoza (1632-1677) : « Nous entendons donc par vie, la force
par laquelle les choses persévèrent dans leur être. »
Aborder un thème en citant un philosophe,
notamment l’un de ceux dont la difficulté des écrits détient la capacité de
faire fuir les lecteurs les plus audacieux, est-ce bien raisonnable ? Et
d’ailleurs, pourquoi cette citation ?
Un vieux souvenir d’une conversation avec
un collègue qui se plaisait à émailler ses discussions de propos d’auteurs
qu’il commentait. Celle-ci s’est logée dans un coin de la mémoire et devait s’y
plaire pour attirer l’attention quelques décennies après.
Mais rassurons tout de suite l’auditoire,
point d’exégèses compliquées ou d’explications critiques interminables sur
cette simple phrase, mais une observation concrète et banale.
Si l’on se souci du détail, il est
possible d’observer sur des édifices en ruine, ou simplement mal entretenus,
les brins d’herbe qui s’infiltrent, émergent et croissent dans les moindres
fissures du béton.
On peut y déceler la vie qui
« persévère » (comme disait l’autre !), n’abandonnant jamais,
réapparaissant là où l’on n’imaginerait qu’elle puisse le faire. Cela démontre
la capacité du vivant à puiser dans toutes ses ressources pour déjouer les
obstacles, quels qu’en soient leur origine, qui s’opposent à son éclosion et
son développement.
Une belle leçon que l’on pourrait
transposer. A quoi ? Au-delà de la vie elle-même, à ce qu’elle
exprime de façon ultime : la conscience !
En effet, il s’avère possible de faire une
analogie entre le brin d’herbe, d’apparence si fragile, mais parvenant à
déjouer tous les obstacles pour poindre, et l’attention que le moindre
soubresaut de la conscience ordinaire peut dissiper.
Engoncé, enchâssé entre béton et acier, le
brin d’herbe progresse et gagne sa libération par l’expression de la force
vitale qui l’anime.
Conditionnée, bridée, asservie par une société tendue entre conformisme et affirmation de soi, la conscience peut reconquérir sa véritable nature, celle qui fleurit sous la manifestation de l’attention.
Les recherches, les études et les
expériences sur le sujet indiquent que la représentation du monde dans lequel
nous évoluons émane du cerveau. Ce que nous savons moins, ignorons, ou refusons
d’admettre, c’est qu’il en est de même concernant le mode de vie que nous
choisissons.
Notre conception de l’existence s’est
forgée patiemment, quotidiennement, par petites touches issues de l’éducation,
des modèles observés, des réactions provoquées suscitant l’imitation ou le
rejet.
Au fil du temps, le cerveau fera son miel
de ces différents éléments, tissant une trame solide et durable.
Exemple et premier décor.
Si réussir sa vie consiste à construire et
faire fructifier un patrimoine, se garantir de l’imprévu, mettre sa famille à l’abri
du besoin, puis transmettre ces biens afin que les enfants continuent à vivre
dans cet esprit sécuritaire, perpétuant ainsi le modèle légué, alors, tous les
efforts et les moyens pour élaborer ce schéma et le maintenir dans la durée
seront employés.
Changement de décor.
Bien installé matériellement dans
l’existence, en conformité avec les choix initiaux, un événement imprévu vient
bouleverser cette économie. Afin d’envisager au mieux cet incident, il
conviendrait d’effectuer un travail personnel favorisant un changement de
niveau de conscience.
Si la technique employée pour y parvenir
n’offre pas de difficultés particulières en soi, ses effets peuvent
déstabiliser le schéma mental habituel que le cerveau s’emploie à produire et
maintenir. Cela se manifeste par des résistances, comme autant de remparts
dressés par la conscience ordinaire, persuadant de l’impossibilité à franchir
cette digue, de ne jamais pouvoir connaître la transformation salutaire.
Prenons un peu de champ, de la distance
avec ces deux problèmes : le drame troublant le quotidien, et l’incapacité
à le résoudre en s’engageant dans une démarche personnelle de changement de
niveau de conscience.
Il semblerait qu’il faille peu de choses,
finalement, pour franchir le cap : y consacrer du temps et de la patience,
ne pas s’acharner, procéder par petites touches, espacer les tentatives de
renouvellement de la trame psychique. Mais la volonté plie bien souvent sous
l’achoppement, et si le renoncement n’est pas encore acté, de longues plages
d’interruptions saturées « d’aquoibonisme » s’invitent régulièrement,
composant un paysage familier.
Pourtant, comparé aux premiers efforts,
ceux qui permirent d’établir une assise matérielle solide reposant sur le
patrimoine et la situation sociale, cela semble anodin : il suffit
simplement d’être attentif et d’écouter
son cœur. Alors pourquoi ces résistances et ces réticences ?
Par ce qui consacre le premier, et
qu’implique le second.
Le premier se résume dans un qualificatif :
la réussite sociale. Ce défi subjugue (il s’adresse directement à la conscience
émotionnelle !) par son accès, a priori réservé à tous, et rassure à
travers son ancrage économique et législatif, édifiant une société qui valorise
la prospérité et proclame l’affirmation de soi : le droit de propriété est
un pilier fondamental du modèle social, un acte considéré comme naturel,
inscrit en très bonne place dans la plupart des constitutions.
Le second projette directement à la racine
de l’être, bouscule les bases établies, et surtout nous confronte au
« regard des personnes que l’on aime ». En effet, au-delà du
changement personnel, il faut compter avec la réaction des proches qui, ne
partageant pas le même engagement, se verraient plongés soudainement dans
l’incompréhension, le rejet et le ressentiment.
En soi, être attentif n’implique pas un effort surhumain, mais lorsque
cette attitude « ouvre » la conscience, la défriche, en dévoile
certains aspects, cela peut être rude à supporter, notamment si
l’amoindrissement de l’attention favorise l’intrusion de la conscience
émotionnelle.
La richesse, les possessions ne sont pas
des obstacles insurmontables au changement de niveau de conscience, mais
constituent un véritable paradoxe en la circonstance.
En écrivant ces lignes, il semble bien
qu’une petite voix intérieure hurle le contraire ! N’a-t-elle pas
raison ? Il s’avère que les faits qui, rappelons-le, sont têtus lui
apportent un soutien appuyé. Alors ? La solution dans le paradoxe évoqué,
dont la fonction est de réfuter les idées reçues.
Véritable clé de voûte assurant le
maintien et la domination dans un modèle
sociétal fondé sur le matérialisme et l’affirmation de soi, la richesse marque,
appuie la différence entre les êtres, et cela peut être le point de départ
d’une prise de conscience. Certes, le phénomène est rare, mais s’il s’amorce,
la distinction de statut social et ses conséquences sur le mode d’existence des
personnes peut ouvrir l’esprit, le sensibiliser à l’essentiel.
Il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer à
l’encontre ou en faveur d’un modèle social particulier, dont le seul point
commun serait la terminaison en « isme », ni d’un ressentiment à
l’égard des possessions et des possesseurs, mais d’une tentative de situer ce
modèle social dans la perspective de la conscience.
En soi, la richesse et les possessions ne
constituent pas des obstacles définitifs au changement de niveau de conscience,
ce qui l’est résulte de l’attachement qu’ils provoquent, de ce lien psychique
puissant qui retient la conscience au modèle sociétal axé sur la réussite
matérielle.
L’art de donner, comme tout art, se
cultive. La façon de le faire, les motivations qui l’animent sont
multiples : bénéficier de réductions fiscales, exhiber sa générosité,
soulager sa conscience, satisfaire à des exigences économiques, morales,
religieuses, spirituelles...Cette diversité apparente participe cependant d’une
même pulsion, guidée par le principe d’action et de réaction.
Il est possible de donner parce que les
différences perçues entre les êtres, soutenues par l’éducation, le modèle
sociétal retenu, les circonstances, s’estompent. Alors, le don, qu’il s’agisse
d’argent, de service, de considération, d’écoute, ou de temps, manifeste l’expression
immédiate de la compassion, née de l’attention portée aux êtres.
Ce changement de décor, c’est délaisser les « vêtements » habituels du mental, de ne plus considérer les expériences de conscience, mais la conscience elle-même, témoin et garante de l’unité entre les êtres.
A priori, pour changer, il faut du
temps, donc une transformation ne peut survenir instantanément. Voilà qui
résout la question et conclut ce texte. Un record !
Qui élucide ce questionnement,
ou semble le faire ? Et si le temps n’était pas la solution, mais le
problème ?
Il convient tout d’abord de s’accorder sur
le type de temps concerné. Y en aurait-il plusieurs ? Au moins deux :
le temps physique, et le temps psychologique. Le premier mesure objectivement
les durées quel qu’en soit leur contenu, tandis que le second évalue la
perception psychique des événements. Le changement évoqué ici étant de nature
psychologique, on s’attachera donc au temps psychologique.
D’abord, quelques notions sur la gestion
du temps par le cerveau et la conscience.
On peut distinguer les pensées et les
actes conscients qui nécessitent l’intention, de ceux qui relèvent de
l’inconscient. Dans cette seconde catégorie figurent les gestes et les
comportements accomplis machinalement, que l’on pourrait croire issus de la
volonté, mais qui procèdent bien de l’inconscient car ils correspondent à des
attitudes courantes, maintes fois répétées et mémorisées par le cerveau afin qu’ils
s’accomplissent spontanément avec une énergie minimum.
Au quotidien, cette catégorie rejoint
l’ensemble des pensées et des actes inconscients qui représentent en moyenne 90
% de l’activité cérébrale. On en déduit que la pensée volontaire se limite au
10 % restant, c’est bien peu !
Après cette incursion dans la gouvernance
et le partage des tâches accomplies par le cerveau au quotidien, revenons sur
la notion de temps.
Le temps, pour faire simple, c’est ce qui
inclut le passé, le présent et le futur.
Commençons par l’inconscient qui gère 90 %
des pensées et des actes, il vit un éternel présent. Pourquoi ? Cela lui
suffit pour accomplir ses multiples tâches : surveiller le bon
fonctionnement du corps en temps réel, être dans l’action pour commander les
actes habituels et spontanés.
La pensée consciente dispose, quant à
elle, de tout le spectre temporel : passé, présent et futur. Comment
cela ? Par l’intermédiaire de la mémoire, gardienne du passé, en agissant
consciemment dans le moment présent, en faisant des projections mentales sur le
devenir au moyen de l’intellect et de la réflexion.
Ainsi, même si ces pensées ne représentent
que 10 % de l’activité quotidienne, la gestion du temps et la mémoire dont
elles disposent suffisent pour imposer la conduite souhaitée.
Dès lors, si un changement personnel est
envisagé, la pensée consciente possède toutes les ressources pour le mener à
bien. A priori, oui, mais...
Mais c’est omettre l’éducation, les
préjugés, les interactions sociales...Tous ces éléments inculqués et mémorisés
au fil des années, et qui pèsent considérablement sur la capacité de
changement. Voilà ce qui empêche la transformation souhaitée de s’installer
durablement, sauf...
Sauf si la conscience, même réduite aux 10
% d’intervention, décide d’agir sur la même strate temporelle que
l’inconscient : le présent.
De quelle façon ? Par l’attention qui
s’inscrit également dans le présent, et provoque un changement immédiat.
Il est souvent mis à rude épreuve,
accompagné de l’impression lancinante
qu’il ne s’installera jamais définitivement. Alors, il faut reprendre la
main et revenir à l’attention.
Etre attentif établit le changement dans
l’immédiat. La durée figure la composante temporelle qui distingue les consciences dans la capacité à maintenir
cet état. Un conflit s’instaure entre l’attention et les « pensées
parasites » émanant de la conscience ordinaire, responsables de ce
« décrochage ». C’est la différence objective entre les êtres, le
reste est affaire de subjectivité personnelle, c’est le regard que l’on porte,
le jugement que l’on émet, cela ne compte pas.
Comprenant cela, si l’on souhaite ardemment ce changement de niveau de conscience et l’inscrire dans la durée, que peut-on faire ? Une voie possible, la volonté empruntant inlassablement ce chemin : pensées parasites > attention ou respiration consciente > pensées parasites > attention ou respiration consciente > pensées parasites > attention ou respiration consciente...
Devant faire face à une situation
conflictuelle, pouvant le devenir, ou reposant sur une confrontation d’ego, le
réflexe de l’attention se manifeste spontanément, et l’on s’étonne de son propre
comportement. Comment est-ce possible ? Sans transition, la conscience
attentive a géré l’événement avec grâce et souplesse. L’opposition frontale,
qui n’aurait pas manqué d’apparaître il y a peu de temps encore, s’est mû en
courtoisie bienveillante.
Ce premier ressenti, c’est l’immixtion de
la conscience ordinaire. Mais elle peut mieux faire, s’étendre et monopoliser
tout le champ de la pensée. Suivons son
parcours pour en cerner les tenants et mieux comprendre ses aboutissants.
D’abord la mémoire, qui permet de comparer
les situations : « en d’autres temps, je n’aurais pas agi de cette
façon, je ne me serais pas laissé faire ! ». Puis ses fidèles alliés,
la réflexion : « voilà la bonne façon de se comporter en la
circonstance. » ; l’émotion : « je constate avec
satisfaction que j’ai progressé dans la voie de transformation personnelle que
j’ai choisie. »
Les aboutissants, ce sont toutes ces
pensées marquées du sceau de la conscience ordinaire.
En soi, constater que l’on a réussi après
une série d’échecs, et en tirer satisfaction n’est pas répréhensible, mais il
convient d’examiner les faits à un autre degré.
Le changement de niveau de conscience induit par le choix de l’attention se suffit en lui-même car il suscite naturellement des comportements guidés par la vigilance, la prévenance et la sollicitude. Tout ce qui émane de la conscience ordinaire se produit a posteriori, et si l’on s’attarde trop à son écoute, il pourrait en résulter une stimulation excessive de sa partie émotionnelle, ce qui entraverait d’autant la conscience attentive.
On accepte volontiers la
qualification de parasites pour les pensées négatives, mais l’on refuse le plus
souvent de traiter à l’identique celles
qui se manifestent également de façon spontanée, mais que l’on se complaît à
maintenir, voire agrémenter.
Ainsi, profitant d'un moment
d'inoccupation, la mémoire s'empare d'un événement passé et s'y attarde
obligeamment.
Pourquoi ? La satisfaction de le revivre
parce que l'on y excellait ; ou, fort de l'expérience acquise, on en
reconstitue la trame, on refait le scénario en s’attribuant le beau rôle, celui
ou enfin, tout nous réussit, même s'il faut modifier radicalement le texte des
personnages !
La preuve que tout s'ordonne pour le
mieux, l'excitation que l'on éprouve à revivre cela, et la jubilation
entretenue par cette mémoire qui nous autorise autant de séances que l'on
souhaite! Alors, pourquoi se priver de ces moments merveilleux ?
Ces pensées agréables, que l’on aime
réactiver, sont de nature émotionnelle ; les solliciter systématiquement
agite le contenu de ce réservoir indifférencié qu’est la conscience
émotionnelle, et qu’aucune paroi étanche ne sépare les pensées selon leur
catégorie : positive ou négative. Et lorsque le contenu déborde, toutes
s’avèrent concernées.
Mais l’on s’attache à cette intimité que
l’on partage avec nos pensées positives. Que faire ? Par quoi remplacer
ces instants privilégiés ?
Et si, dès que la vague émotionnelle nous porte et nous emporte, nous décidions de recourir à l’attention, au besoin en utilisant la respiration consciente pour se dégager de cette emprise. Alors pourrions-nous peut-être nous apercevoir que ces instants de calme et de sérénité retrouvés éclipsent complètement cette satisfaction vécue dans la remémoration, simple turbulence mentale, illusion entretenue, incapable de résoudre les problèmes d’antan.