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28/01/2012

123. Alors, tu ne peux pas faire attention ?

         Texte lu : 



     La scène se déroule au Bois de Vincennes, par une belle journée d’été. Mais elle pourrait se situer dans tout autre endroit où interviendraient protagonistes et circonstances.

     Dans une allée dédiée à la promenade qui chemine vers le coeur du Bois, un petit garçon (peut-être quatre ou cinq ans) s’arrête, intrigué et fasciné à la fois par un engin mobile en manœuvre pour débroussailler le lieu. Tout à sa contemplation, il n’entend pas et ne voit pas arriver un monsieur d’âge respectable, qui arpente cependant le sentier d’un pas alerte, et se dirige vers lui.
     Il s’arrête juste à son niveau. Surpris, l’enfant qui lui arrive à mi-corps, manque de trébucher en se retournant.

     « Alors, tu ne peux pas faire attention ? » lui lance le septuagénaire, d’une voix agacée !
     Non, pour l’instant il ne peut pas. Cette conscience en apprentissage découvre le monde, s’étonne, s’émerveille et s’attarde sur des choses, des situations et des êtres qui ne nous font plus ciller ou briller le regard, délavé par le temps.
     Mais à tout âge, et lorsqu’on en saisit l’usage et les qualités qu’elle déploie, comment ne pas user de l’attention ?

     Ici, en l’occurrence, ayant observé la scène de loin, simplement s’écarter pour ne pas gêner ou surprendre l’enfant.

27/01/2012

124. L’addiction, seulement aux substances ?

          Texte lu 



     Il y a tout d’abord la découverte d’une nouvelle substance qui peut provoquer des sensations agréables immédiatement, après quelques prises, ou suppose carrément de vaincre une répulsion naturelle avant de procurer un bien-être.
     Dès lors, pourquoi se priver de ce plaisir délectable, d’exploiter au maximum les potentialités sensorielles. L’expérience se renouvelle de plus en plus fréquemment, et c’est ainsi qu’apparaît, s’installe et perdure le phénomène d’addiction.

     Considérons une personne dépendante de cette accoutumance qui, par souci de santé, ou simplement désireuse d’abolir l’emprise, décide d’arrêter la substance concernée.
     Elle engage pour cela un travail progressif de désaccoutumance. Quelque temps après, la cure entreprise produit l’effet escompté : le besoin, puis l’envie ont complètement disparu, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé !

     Peut-il en être ainsi pour notre perception personnelle, notre relation aux autres ?
     Comme les différentes substances que nous ingérons, inhalons ou injectons agissent sur nos sens et suscitent une réponse particulière, les expériences de conscience opèrent de même, et l’on peut devenir dépendant à certaines d’entre elles.
     Comme on recherche ardemment les effets d’une drogue néfaste pour le corps, on peut s’ancrer complaisamment dans des façons d’être, des comportements accompagnés d’excitations, même s’ils s’accomplissent au détriment d’autrui : tout pour mon plaisir, qu’importent les conséquences !
     Alors, pourquoi ne pas procéder à l’identique et tenter d’éradiquer cette addiction aux « excitations mentales » ? Est-ce possible ? Va-t-on y parvenir ?

Petit dialogue entre amis :

« C’est dommage que tu ne sois pas venu avec nous, il y avait un excellent glacier, tu aurais adoré ! »

« Cela fait plus d’un mois que j’ai supprimé les aliments sucrés de mon alimentation : gâteaux, crèmes, glaces, bonbons... »

« Et ça ne te manque pas ? »

« Pas du tout. »

« Je te connais bien, tu dois vraiment prendre sur toi, faire des efforts considérables pour résister ! »

« Non, plus maintenant. Après plusieurs jours d’abstinence au sucre, l’envie d’aliments sucrés disparaît. »

« Etonnant... »

Quelques semaines plus tard :

« Alors, ces désordres digestifs ? »

« J’ai encore eu une crise sévère récemment. Peut-être devrais-je arrêter les bonbons, et surtout les biscuits apéritifs dont je raffole ? »

« Ce serait bien, oui. »

« C’est dur ! »

« Tu as de bonnes raisons pour persévérer et t’y tenir. »

« Oui, je souffre trop. »

Le temps passe :

« J’ai arrêté toutes ces saloperies !... »

« ...dont tu raffolais ! »

« Dont je raffolais, effectivement. Et ça va beaucoup mieux ! »

« Plus d’envie en perspective ? »

« Non, je m’étonne moi-même ! »

« Finalement, tu vois, rien ne remplace l’expérience personnelle. »

« Je confirme. »

     Le sevrage des comportements psychologiques déviants, du respect de soi-même et des autres participent d’une forme de sobriété mentale.
     Et cela, sans substitution ou compensation, si ce n’est l’exercice d’une nouvelle manière d’être impulsée par la volonté, maintenue par la vigilance et l’attention.

     Une fois l’emprise disparue, le changement de niveau de conscience maintient le cap sans regret. Bien sûr, des désirs peuvent ressurgir de temps à autre, mais amoindris et clairsemés, donc plus aisément maîtrisables.

26/01/2012

125. Une conversation spontanée

               Texte lu 



     D'où l'on était placé, il était possible d'observer distinctement la scène, et même d'en saisir les propos.
     Une personne en errance, visiblement éprouvée par l'existence, aborde un passant qui parvient à sa hauteur, et une conversation s'engage.
     L'attitude du promeneur s'avère riche d'enseignements.
     Il écoute attentivement les propos, prend le temps de répondre avec soin, ne se contente pas de banalités : cela évoque un échange entre amis.
     Puis son interlocuteur indique qu'il doit s'en aller, un salut bienveillant met un terme à la conversation, et chacun poursuit son chemin.

     Cela aurait pu se dérouler autrement :
    
§         Une réaction émotionnelle traduisant l’indifférence ou le mépris : poursuivre son chemin sans adresser un regard ; jeter un rapide coup d’oeil, froncer les sourcils et presser le pas.

§         Un comportement né de la réflexion : rester digne, inventer une excuse, et ne pas s’attarder.

     Mais non, cette fois, les deux compères et complices (l’émotionnel et l’intellect) s’effacent devant la seule attention.
     Ce ne fut pas une rencontre fortuite entre un SDF et un promeneur, mais deux consciences qui échangent simplement, naturellement.

     L’histoire précise-t-elle si, en partant, le passant remit quelque argent pour aider son interlocuteur dans le besoin ? Non, elle ne le dit pas. Mais durant ce partage de conscience à conscience, aucune différence ne transparaissait, chacun avait ce précieux sentiment d’exister.

25/01/2012

126. Quoi de neuf ?



          Texte lu 



« Bonjour ! »

« Alors, quoi de neuf ? »

« Dans l’acceptation couramment admise, rien. »


« Mais si l’on est attentif, alors chaque instant est neuf ! »

24/01/2012

127. L’art du mensonge

               Texte lu 



     L’art du mensonge souffre d’une exception, qui plus est, notable : on ne peut se mentir à soi-même.

     Pourtant, c’est bien ce qu’il paraît, constatant qu’une existence entière peut s’installer confortablement dans l’imposture. En fait, lorsque cela survient et perdure, la partie consciente de l’être finit par se prendre au jeu, intégrant le mensonge comme une réalité objective. Dès lors, il devient possible de simuler en continu, à condition de rester sur ses gardes pour maintenir les apparences.

     Deuxième étape, tromper les autres, c’est d’abord se tromper soi-même.


     Y aurait-il une troisième étape ? Assurément : employer l’énergie destinée à ne pas être pris en défaut pour maintenir attention et vigilance !

23/01/2012

128. Couper du bois avec une feuille de papier

               Texte lu 



     Couper du bois avec une feuille de papier, vous plaisantez ! La plaisanterie est une activité agréable, et l’on s’y soumet volontiers. Mais cette affirmation repose sur une loi physique : l’énergie cinétique emmagasinée par la vitesse.

     Voici l’expérience : on dispose d’une feuille de papier et d’un morceau de contreplaqué. La feuille est maintenue solidaire d’un mécanisme en rotation.
     L’énergie développée vaut : E = 1/2 mv² (m : masse de la feuille ; v : vitesse de rotation). La masse demeurant constante, l’énergie disponible varie comme la vitesse au carré (le terme « v » est multiplié par lui-même dans l’expression : si v2 = 2v1, alors E2 = (2 x 2) 4 E1)).
     On approche le morceau de contreplaqué de la feuille en rotation : à partir d’une valeur suffisante de v, le bois sera découpé.

     Le mental peut être comparé à la feuille de papier. Animé d’une certaine énergie, il donne forme à l’ego et le renforce : impressions, sentiments réflexions, tout cela résulte d’un mouvement incessant qui imprègne la mémoire, donnant de la substance à la personnalité et l’inscrivant dans le temps.

     En est-il toujours ainsi ? Oui, tant que l’ensemble subit les tourbillonnements du mental. Mais il est possible de s’y soustraire, retrouvant l’immobilité primaire par l’attention.

     Cette attitude, non seulement n’aboutit pas à une dissolution de la personnalité, mais la perce à jour, reconnaissant son aspect changeant et transitoire.

22/01/2012

129. Franchir la deuxième haie

               Texte lu 



     Dans une course de haies, avant de franchir la deuxième barrière et les suivantes, il faut avant tout passer la première, une logique implacable !
     Il en est de même dans notre approche relationnelle, mais nous l’oublions ou n’en prenons pas conscience. Est-ce à dire que le rapport aux autres se vit comme une course d’obstacles ? Voyons sur un exemple pour mieux appréhender le sujet.

     « Je me suis disputé avec ma fille, pourtant elle a bien vu que j’étais en souffrance. Je n’attendais pas grand-chose, simplement qu’elle comprenne la situation et agisse en conséquence. »

     Se trouver en capacité d’écoute, savoir  quel comportement adopté et agir, suppose au moins deux éléments : le percevoir et passer à l’action. Une intervention possible à condition qu’aucun obstacle ne s’interpose devant la faculté d’observer et la volonté d’intercéder.
     Cet obstacle, c’est soi, ou plus exactement, une image particulière de soi-même formée d’agrégats psychiques (conditionnements, préjugés, mémoire).

     Il convient donc d’oeuvrer au préalable sur ces entraves que la conscience ordinaire érige en permanence si nous n’y prenons pas garde.
     Si, selon le proverbe : « Charité bien ordonnée commence par soi-même », conscience cohérente débute par l’éradication de ses impuretés.
     Une fois ce travail accompli, et une fois seulement, rien ne peut endiguer la liberté d’agir, et rien n’empêche d’être attentif aux autres.

     Si cette orientation personnelle conduisait à l’indifférence, il manquerait l’essentiel : la reconnaissance spontanée du lien unissant les consciences.