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09/04/2012

51. L’omniprésence

     Texte lu



     Cela se passe au Bois de Vincennes, mais pourrait se dérouler dans tout autre espace vert, véritable enclave bienfaisante dans ces structures d’asphalte, d’acier, de verre et de béton que sont devenus les grandes métropoles.
     Par une belle journée d’été, à la température douce et clémente, au vent qui se décline en une brise bienfaisante, les couleurs paraissent vivantes et vibrantes lorsque l’on s’attarde à les contempler.
     Un ciel bleu lumineux, dépourvu de nuages, éclaire magnifiquement la cime foisonnante des arbres qui entourent le lac. Et lorsque le regard se promène alentour, il trouve la présence apaisante des pelouses.
     Tout cela s’accorde à faire oublier que cette nature doit beaucoup à l’intervention humaine, conception, aménagements, entretien...Mais qu’importe, il nous reste la faculté de communier avec elle.

     Autour  du lac, un certain nombre de personnes marchent ou s’adonnent à  la course, venant oublier ici les affres de la ville, si proche, et se libérer des tensions que le stress accumule scrupuleusement et méthodiquement.
    Tout semble donc aller pour le mieux, l’esprit et le corps trouvent ici la régénération nécessaire à leur équilibre.
     Mais si l’on observe plus attentivement cette scène, notamment les coureurs, on constate que la plupart sont équipés de  baladeurs qui cernent leurs oreilles. En affinant l’examen, on constate que de nombreux regards demeurent dans le vague, ne conservant qu’un champ de vision réduit à l’essentiel : les quelques mètres à l’avant des foulées, dessinant la trajectoire suivie.

     L’omniprésence, c’est celle des appareils qui diffusent toutes sortes de sons dans les oreilles ! Toutes, excepté le chant des oiseaux.

     Ici aussi, dans ce havre préservé, il ne faut pas se trouver seul face à ses propres pensées. Et comme le mental n’est pas affairé par ses occupations habituelles, elles abondent et redoublent d’intensité. Alors la technique y remédie, prompt à les reléguer au second plan par une barrière a priori étanche entre elles et ce déluge de sons familiers.

     Ce faisant, cette pratique éloigne l’attitude naturelle que l’on peut adopter en la circonstance : profiter de l’environnement bienfaisant pour déployer son attention, ce fruit remarquable de la conscience capable d’instaurer une paix véritable et durable.

     

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